La route que j'emprunte passe à proximité de la Sierra de Guadarrama au Nord-Ouest de Madrid et traverse des paysages dégagés qui laissent un sentiment d'absolu

vous êtes sur ¡ www.miralabici.net !, un voyage à vélo couché entre Toulouse et Gibraltar - Aujourd'hui nous sommes le vendredi 10 septembre 2010

Le carnet de voyage se compose de trois volets: nord, centre et sud.
En voici la partie centre, de Arnedo, province de la Rioja (9ème jour), à la proximité de Buentas-Bonas, province de Castilla-la-Mancha (13ème jour)...

Si vous n'avez pas parcouru la partie nord du carnet de voyage, elle est disponible ici.

Toulouse-Gibraltar: La partie Centre

Itinéraire Toulouse-Gibraltar, le centre du parcours: Arnedo dans la province de la Rioja - Puerto de Oncala - Soria dans la province de Castilla y Leòn - Segovia - Avilla - Puerto de Menga - Puerto del Pico (Sierra de Gredos) - ouest de Talavera-de-la-Reina en Castilla la Mancha - Montes de Toledo

Samedi 5 mai 2007 - Jour 9 - Arnedo-Soria

En bent ou pas, quand il pleut, ça mouille...

Départ : peu après le parc d'Arnedo sur la via verde (09h00)
Arrivée : 2 km après carbonera de Fuentes (20:50)
Km : 100.93
Cumul des km : 617.35
Temps de parcours : 11h50
Temps cumulé : 64h25
Dépenses : 7€95 (pain, chocolat, fromage fondu, cola, internet)
Cumul des dépenses : 111€44

J'ai eu du mal à dormir cette nuit: au moindre passage sur la voie verte, les chiens aboyaient leurs trippes. Je me lève vers 7h ce matin (plus tôt que d'habitude) et je plie la tente rapidement.

Dans la vallée d'Arnedo, les jardins maraîchers occupent toute la place, entre la ville, la rivière et les montagnes alentours

Je poursuis le long de la via verde, le long de la rivière et sors d'Arnedo. Les basses falaises qui bordent la vallée laissent maintenant place à des montagnes dont les flancs se redressent. Des champs d'oliviers en terrasse s'accrochent désespérément à la pente et je poursuis vers Arnedillo, fin du parcours aménagé.
J'y fais quelques courses et me remets en siège.

La route continue dans le creux du vallon, longue, sinueuse, parfois mal entretenue. Quelques véhicules passent, me croisent et me dépassent.
Le ciel se charge petit à petit et le plafond descend. La météo d'aujourd'hui ne semble pas vraiment vouloir épargner le cyclo...

La montée est longue et je mouline tranquillement installé dans mon sofa! Je parviens à Enciso où, lors d'une petite pause, une femme engage la conversation à propos du vélo. Surprise par le périple, souriante et spontanée, elle me souhaitera bon voyage en me pinçant la joue de manière très coquine! Les gens dans l'ensemble sont bien plus spontanés qu'en France et le contact physique, la petite tape amicale, la petite bourrade sortent bien plus facilement, même à l'égard de quelqu'un qu'on ne connaît pas.

A partir d'Enciso, la route monte plus raide et passe d'un revêtement plutôt roulant à quelque chose de beaucoup plus cabossé, ce qui rajoute à la difficulté de l'effort en montée.
Quelques minutes plus tard, j'aperçois soudain un mur d'eau avancer vers moi: le ciel a décidé de cracher tout ce qu'il avait. Ni une ni deux, je descends du vélo et commence à chercher mes vêtements de pluie mais à peine avais-je mis les mains dans la sacoche arrière qu'il est déjà trop tard et je reçois des gouttes de pluie grosses comme la dernière phalange de mes petits doigts (qui sont tout de même de taille respectable!). Autant dire que la veste et le pantalon de pluie me permettront de ne pas être sur-mouillé, c'est tout!
Un quart d'heure passe et la pluie devient plus fine puis finit par cesser lorsque j'atteins Villar del Rio.
La montée est longue, très longue, laborieuse même, mais le vent est avec moi et Au puerto de Oncala, le vent soufflait à décorner le plus vaillant des taureaux je mesure sa force en atteignant le Puerto de Oncala: ça souffle tellement qu'il en est presque impossible de tenir debout.
Il me faut redescendre de l'autre côté et me blottir dans un abribus pour réussir à grignoter un casse-croûte dans des conditions décentes. Le gouvernement ne s'est d'ailleurs pas trompé et comme à de nombreux endroits, il a placé sur le massif des éoliennes qui tournent à plein régime.

La redescente du col est agréable et il me faut redoubler de vigilance à l'attaque des virages pour éviter de rentrer avec trop de vitesse: la charge du vélo et le vent à décorner les boeufs qui souffle dans mon dos sont difficiles à dompter.

J'arrive à Soria. Comme beaucoup d'autres villes espagnoles, celle-ci est chargée d'histoire. Le centre est joli, dédale de rues piétonnes en pente qui nous mène, Simone et moi au palais de justice de la ville. On dirait un château de Cervantes. C'est de toute beauté!
Je rentre dans un cybercafé et prends quelques nouvelles de France: un mail me permettra de donner quelques nouvelles fraîche à la famille, aux amis. Merci internet et keep in touch!

En sortant de la ville en direction de Valladolid et Salamanca, je poursuis la route vers le Sud-ouest au soleil couchant, cow-boy sur son fier destrier dont les pneus laissent des traces dans le sable que le vent s'empresse d'effacer... Il en faut peu pour que je me laisse aller à fredonner un "I'm a poor lonesome cyclow, I've got a long long way to home..." Tel est le destin du cyclow-boy errant!

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Dimanche 6 mai 2007 - Jour 10 - Soria-Riaza

Papy au comptoir vire très très vite anar...

Départ : 2 km après Carbonera de Fuentes (10:05)
Arrivée : route vers piñalla après Riaza - Cerezo de Arriba (22:05)
Km : 123.37
Cumul des km : 740.72
Temps de parcours : 12h00
Temps cumulé : 76h25
Dépenses : 5€60 (pâtisseries, pain, pipas, coca, chocolat)
Cumul des dépenses : 117€04

Aujourd'hui, départ pleine balle à la faveur d'un vent dans le dos, d'un revêtement de route parfait et d'une pente douce j'imagine... En tout cas, du bonheur et le sentiment de progresser dans le paysage comme un couteau tiède dans une motte de beurre. Aux Etats-Unis, ils diraient "it's really orgasmic"!

Une journée belle comme un cyclo peut en rêver... Ca a commencé avec Javier: je roulais donc le peu de cheveux que j'avais sur le caillou au vent et une Xantia me dépasse à toute vitesse pour se garer en vrac un peu plus loin sur le bas côté.
Un type en sort en trombe, agitant son bras pour me faire signe de m'arrêter. Je fais une halte à sa hauteur, un peu surpris pour tout dire, et le bonhomme, d'une cinquantaine d'année, basque de San-Sebastien, très gentil mais un peu speed, veut tout savoir sur le vélo couché. Et avec mes trois mots d'espagnol et ses trois mots de français, on a papauté, mimé, gesticulé, tenté de se comprendre 1/2 heure durant sur les particularités de Simone et ses semblables. Je lui ai laissé quelques adresses internet et des pistes s'il voulait un peu creuser l’affaire. Quand on s'est quitté, il avait l'air enthousiaste et motivé à bloc, tel un Valenciégo affammé devant un énorme plat de paella!

J'ai continué jusqu'à El-Burgo-Del-Osma à travers un paysage aride de hauts plateaux sur lesquels, même si l'on est encore bien tôt dans la saison, le soleil brille déjà très généreusement.
Je rentre dans la ville baignée par les rayons du midi et commence à me perdre dans ses jolies ruelles. Je laisse les roues de Simone me guider et reste à l’abri de la lumière en longeant les murs dans les rues piétonnes.
Je tombe sur une place où j'adosse Simone à un banc public et j'y casse la croûte. On est dimanche et les familles sont de sortie. Alors ça papote sur les bancs, les enfants font du vélo et jouent au foot et l'on entend des gooooooooooaaaaaaals monter des quatre coins de la place. Il y en a même un, garçon de 7 ou 8 ans, peau sombre, fier comme un andalou de ses fausses dents de vampires en plastique trois fois trop grandes pour sa dentition de bambin et qui se tenait debout sur les pédales d'un vélo dont le cadre était tellement grand qu'il était obligé de continuer à pédaler sous peine de sortir de selle de manière un peu trop brutale!

Une fois mon repas terminé, je recherche une boulangerie et tombe après une tentative infructueuse sur une petite épicerie modeste, un peu cachée, sur une place en retrait... Une fois la traditionnelle plaquette de chocolat déposée sur le comptoir qui déborde de sucreries, la vendeuse, plus proche de la cinquantaine que de la quarantaine, souriante et joviale, commence à discuter et en arrive à me demander "¿Y de donde eres? Me pareces aleman, ¿verda?" En lui prononçant le nom de mon pays elle a eu une surprise et l'excitation est montée soudainement quand je lui ai parlé de Toulouse "Ah oui? Tu viens de Toulouse??? Ma fille Rocia est prof d'espagnol dans un institut à Toulouse" s'est elle exclamée, toute heureuse qu'elle était de rencontrer quelqu'un qui venait de la même ville!
La discussion était entamée et lorsque je lui ai appris que j'allais à Gibraltar, elle aussi s'est montrée surprise et impressionnée puis elle m'a fait moult recommandations sur tous les endroits par lesquels ma route devait absolument passer. "Il faut visiter l'Alcazar de Toledo", "L'Extremadura, c'est magnifique", "Tu verras, les villages andalous sont tellement beaux" et elle me disait tout ça avec tant de passion que tout son corps s'exprimait et que je l'en ai trouvée touchante et belle!

J'étais en train de tout ranger sur mon vélo à l'extérieur de la boutique et entamais une petite cigarette avant le départ quand je la vis sortir du magasin débordante d'énergie, une fille à son bras (fille qui était arrivée en seat grise 2 secondes plus tôt et s'était garée non loin du vélo). Elle me présente Rocia qui était assistante d'espagnol au Lycée Bellevue de Toulouse!
Petite, cheveux noirs de jais et raides, très typée ibère! Elle parle un français très correct, ponctué ça et là de quelques fautes, mais quel soulagement de pouvoir enfin parler dans ma langue et m'exprimer après 5 ou 6 jours de cloîtrement dans une expression française bien trop simplifiée ou pire dans la langue de Cervantes que je ne maîtrise absolument pas!
On discute de son séjour à Toulouse et elle me recommande elle aussi des endroits à faire. Je n'aurai hélas pas le temps de m'arrêter pris par le délai des congés forcément limités et d'un rendez-vous "le plus au sud possible" avec Julie, une amie qui devait me rejoindre en fin de séjour.

Pendant la discussion, sa mère qui nous avait laissés et était rentrée dans la boutique, en ressort et me glisse un petit paquet d'amandes dans le sac arrière de Simone avec un clin d'oeil dont je me souviendrai encore longtemps "Il te faudra de l'énergie pour aller jusqu'à Gibraltar!!!"

A Burgo del Osma, je tombe sur une procession religieuse.  Des hommes portent un plateau empli de bouquets de fleur et surmonté d'une croix Je quitte Rocia sur les coups de 2 heures de l'après midi et sortant de la ville, je tombe sur une procession religieuse, curés, jésus, croix, maire, chef local de la guardia civil...
Je reprends la route sous un soleil qui donne tout ce qu'il a.

Arrivé à hauteur de Piquera, je fais une pause pour recharger les batteries dans un abribus en bordure de route et décide de faire un détour par le village pour me ravitailler en eau.
Je passe devant un groupe de petits vieux, intrigués par l'engin sur lequel je pédale, qui m'indiquent la fontaine et me proposent de repasser boire un coup avec eux au troquet du coin. Qu'à cela ne tienne, je remplis mes gourdes, reviens vers la place et peine à trouver le bar qui s'est caché dans une banale bâtisse en pierre blanche.
Je gare le vélo contre les cagettes vides de bouteilles de soda et entre dans une grande salle sombre, au sol jonché de mégots et autres coquilles de pipas dont les espagnols raffolent. A gauche, quelques étagères en métal qui offrent au regard quelques victuailles, un petit comptoir et une caisse enregistreuse. C'est le coin épicerie. A droite, un grand comptoir au dessus duquel la tête menaçante d'un sanglier surveille le troquet d'un regard sévère. Des tables sur lesquelles s'empilent de vieux journaux et des tapis de cartes sont éparpillées dans la salle. Et puis il y avait ces 4 compères, la bouille joviale et le nez rouge, qui se jettent des chupitos dans le gosier, coude bien calé sur le comptoir, laissant passer les heures chaudes avant de retourner travailler les tomates.
J'ai refusé poliment le chupitos qu'ils me proposaient pour pouvoir encore avoir la force et les jambes pour poursuivre la route et me suis rabattu sur un cola. On a bavardé… je veux dire ils m'ont parlé, j'ai sorti mon dictionnaire et j’ai fait de mon mieux pour essayer de comprendre l'accent espagnol rural et bourré!
On a discuté de mon voyage, du vélo et ils m'ont bien fait rire lorsqu'on a abordé le sujet des élections en France: "Alors qui c'est qui va encore s'en mettre plein les poches, hein?" me demandaient-ils en mimant un bonhomme qui ramasse une bonne liasse de billet et l'enfourne dans la poche de poitrine de sa chemise.

J'ai pris une tablette de chocolat, ils m'ont offert le coca et j'ai repris ma route sous une chaleur torride...

Au pied de la Sierra de Guadarrama, la route traverse lascivement les champs encore verts de Castilla y Leòn

Les paysages qui ont suivi étaient d'une beauté rare. Plateaux arides que l'été n'avait pas encore brûlé, rivières profondes qui se sont aménagées un lit comme un chat se prépare une couche au fond d'un canapé confortable et moelleux...
A l'horizon, la sierra de Guadarrama garde fièrement les portes de la province de Madrid et sur ses sommets, les dernières neiges luttent désespérément contre les assauts du printemps déjà bien avancé.

Au printemps, les champs encore verts contrastent avec le bleu profond du ciel

Un peu plus loin, à Ayllon, je croise ce Brésilien avec qui j'ai encore un peu papauté le temps de manger un morceau et laisser un peu de repos à mes jambes. Lui vient de Sao Paolo, travaille ici dans la construction et rentrera au pays dans un ou deux ans, le temps de gagner un peu d'argent...

Quelques kilomètres plus tard, dans les rues pavées de la ville de Riaza, j’entends au loin un bruit de claquettes battre la chaussée, accompagné de cris de surprise.
Quatre petits marocains, dont les parents sont très certainement ouvriers agricoles dans les grandes exploitations des environs, se sont lancés à ma poursuite, dans un sprint endiablé à travers les rues de la ville, mus par la fougue d’une curiosité encore intacte. Ils arriveront à ma hauteur, tout essoufflés, au seuil d’un croisement où je me suis arrêté pour chercher mon chemin.

Dans un premier temps, interloqués, ils ont regardé le vélo avec des yeux ronds comme des billes! Ca, c'est la première fois qu'ils en voyaient un pareil! Quelques secondes de silence, d’interrogation ou d’admiration peut-être, puis, débordants de curiosité, les questions ont fusé de toutes les bouches (on aurait dit qu'il y en avait vingt!), tous les quatre en même temps, tant excité l'un que l'autres par une curiosité piquée à son maximum! Et le tout en espagnol, bien entendu!
Une fois le torrent de questions passé, ils ont eu ce coeur et cette patience avec l'étranger que la plupart des adultes ont eux perdu, et trouvaient toujours une manière très habile de tourner leurs phrases de manière différente lorsque je buttais sur un mot. Ils m'ont beaucoup touché à corriger consciencieusement chacune de mes fautes!

Alors je ne vous dis pas quand je les ai fait monter tour à tour sur le siège de Simone! Ils étaient fiers comme des coqs, heureux comme des rois, même si leurs pieds touchaient à peine les pédales!
On a sillonné ensemble une bonne partie de la ville à la recherche d'une cabine téléphonique. Ils m'emmèneront vers un magasin de télécom selon eux bon marché. Fermé. Je les laisse au niveau de cabines publiques et j'appelle en France. Peine perdue, ça ne répond pas...

La lumière baisse mais je reprends la route pour quelques kilomètres me dis-je. Je roule entre chien et loup tout d’abord puis plus entre loup et loup, mais ne parviens pas à mettre la roue sur un endroit correct pour y installer la tente.
Brusquement, le vélo bascule en avant dans l'obscurité d'une descente qui m'a semblé interminable. La montée qui s’en est suivi s'est révélée du même acabit: longue et raide, et il fait déjà nuit presque noire quand je parviens au sommet à déjà 10km de Riaza.
Finalement, une intersection laisse une route secondaire sur la gauche. Je m'y engage pour quitter la voie principale. Je serai déjà plus tranquille.
Un champ à droite? Ca fera l'affaire pour ce soir. Et quelle affaire! Le confort 4 étoile d'un pré moelleux avec vue dégagée sur la plaine, sous une voûte céleste d’un noir que j’ai rarement vu aussi profond et qu’une fée généreuse a tappissé d’une giclée de milliers d’étoiles étincelantes.

Je vérifie juste une toute dernière fois avant de refermer la toile de la tente... Elles sont toutes là...

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Lundi 7 mai 2007 - Jour 11 - Riaza-Fuentemilanos

Si tu sais pas pourquoi, pédales, au moins tu avanceras...

Départ : route vers piñalla après Riaza - Cerezo de Arriba (12:30)
Arrivée : 2km après Fuentemilanos (22:00)
Km : 96.77
Cumul des km : 837.49 (basé sur le temps et la vitesse moyenne car reset du compteur)
Temps de parcours : 9h30
Temps cumulé : 85h55
Dépenses : 22€70 (pain, pâtisseries, courses, crème après soleil)
Cumul des dépenses : 139€74

Il y a des journées comme ça...
Aujourd'hui, c'est une journée sans qui laisse un goût d'insipide forcément prononcé, après le relief et la couleur de la journée précédente.

Tout commence par un grand détour pour éviter 5km d'autoroute. Détour par la campagne du nord-ouest de Madrid, campagne vallonnée dont les côtes me semblent redoutables (note pour plus tard: moins la route est importante et plus la côte est abrupte!).
Les voitures et les passants ne prêtent plus attention à l'imposant aqueduc de Segovia.  Il fait partie intégrante de la ville comme tout autre monument. Je continue vers Segovia sous un soleil de plomb qui aura raison de mes petits bras encore trop pâles, Ségovia que j'atteins épuisé, à cours de provision.

J'arpente l'est de la ville à la recherche d'une épicerie. J'évite de pénétrer dans la partie magnifique et touristique de l'ouest de la cité et monte sur la colline qui lui fait face, à gauche de l'aqueduc.
Je suis affamé, à bout de force et m'arrête dans une pâtisseries pour recharger les batteries et goûter aux spécialités locales...
En face de la boulangerie se trouve une petite ultramarina (superette) où la vendeuse, très patiente me fournit en fromage, en chocolat et café. Malheureusement pas de lait concentré sucré pour le noir du matin.

Après un repas pris sur une petite place où les enfants qui jouent au foot n'ont rien à envier techniquement à leurs aînés des clubs pros, je pars faire une petite visite de la vieille ville.

Les ruelles étroites et profondes de la vieille ville de Segovia sont un dédale où j'apprécie de me perdre en compagnie de Simone.

La cité magnifique, quoiqu'un peu plus récente et moins authentique, a des allures de Carcassonne.
L'Alcazar, de toute beauté, marque le point ouest de la ville et est, dit-on, le bâtiment qui a servi d'inspiration à Walt-disney pour concevoir les formes de son célèbre château.
Il n'empêche, déambuler en ville et à vélo reste le meilleur moyen de découvrir une cité et se rendre perméable à son atmosphère.

A la sortie de la ville, je fais une halte non loin de petites chapelles en mur de chaux pour profiter de la vue sur les montagnes encore enneigées de la Sierra de Guadarrama

Je reprends la route un peu plus tard et tente de trouver un endroit où dormir.

A fuentemilanos, je rentre dans le village pour remplir mes gourdes. Là, un type me dit que la fontaine se trouve sur la place, arriba (en haut de la place). Je comprends abajo (en bas) et je descends... Le type me lance des grands cris en gesticulant et un homme qui passait par là finit par me guider vers le robinet qui était juste à côté... Décidément, je suis vraiment à côté de mes pompes aujourd'hui!

Un arrêt de bus à Fuentemilanos est couvert d'affiches pour des shows de cascades en Big-Wheels, ces énormes 4x4 à grosses roues qui écrasent des voitures...

La nuit commence à tomber et je cherche un endroit où dormir. Désespérément. Le fait d'être en plaine rend les choses plus difficile, la discrétion plus dure à tenir. Finalement, un peu comme à côté de Berdùn, je trouve une place dans un chemin, au milieu des champs... Pas très confortable tout ça, bien moins beau, bien plus dur que la veille, mais il faudra s'en contenter pour la nuit...

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Mardi 8 mai 2007 - Jour 12 - Fuentemilanos-Puerto de Menga

Qui monte la tente à la tombée de la nuit ne va pas tôt au lit

Départ : 2km après Fuentemilanos (11:00)
Arrivée : Puerto de Menga (22:10)
Km : 96.16
Cumul des km : 933.65
Temps de parcours : 11h10
Temps cumulé : 97h05
Dépenses : 13€10 (coca, tapas, pain)
Cumul des dépenses : 152€84

A 8h30, il fait déjà chaud sous la toile de tente et le soleil est déjà très haut dans le ciel quand je mets le nez dehors. Pendant que je pliais mes affaires, un type est passé en tout trois fois en tracteur avec une citerne et du lisier à la remorque. On a fini par se saluer.

Je mets du temps à décoller: la nuit a été mauvaise mais le moral remontera au fur et à mesure que la journée avancera. Finalement, je prends la route sous un ciel sans nuage et un soleil qui donne tout ce qu'il a.

En arrivant à Villacastin, je m'enfonce dans le centre ville et décide de faire une pause dans un troquet. Je prends un coca et demande où je peux trouver une fontaine. "Ouh, mon vieux, semble me dire le patron, file-moi tes gourdes et je te les remplis". Et comme il y avait des tapas sur le comptoir, que le type était sympa et que j'avais faim, j'ai commandé une assiette d'assortiment.
Aile de poulet, boudin, saucisses chorizzo, patate et poivrons, calamars frits, le tout agrémenté des pages monde du journal local sur les élections présidentielles en France.
Je reprends la route sous les yeux d'un vieux papy à qui Simone a visiblement tappé dans l'oeil!

En arrivant à Avila, je cherche mon chemin pour éviter une portion d'autoroute et me fais arrêter par la police... Contrôle d'identité à proximité d'un établissement pénitenciaire. Le vélo est-il suspicieux à proximité d'une prison?
Finalement, convaincu par l'agent des force de l'ordre de sa majesté le roi d'Espagne, je prends la bretelle d'autoroute pour accéder à la ville.

Avila est une ville sommes toutes normale mais possède de jolis remparts.

Les murs imposants des remparts moyen-âgeux de la cité d'Avila offraient protection à la ville.  Avec Simone, on n'a même pas eu besoin de demander pour y rentrer!!! Avant de reprendre la route, je cherche de l'eau dans les allées d'un parc pour remplir mes gourdes et ne trouve qu'une petite vasque au fond de laquelle pissotte un petit jet... C'est trop peu pour remplir la gourde de manière décente mais c'est un papy qui passait par là et qui, me voyant m'escrimer avec l'élément eau, tentant vainement de faire rentrer le maximum de liquide dans ma timbale déjà fortement inclinée pour la transvaser dans la gourde, me donna le truc: il suffisait de boucher le jet et la pression faisait le reste!
Il ont certaienement dû s'arroser dans leur prime jeunesse, lui et sa clique, si j’en juge au sourire malicieux qui est né sur ses lèvres quand il m’a révélé l’astuce!!!

Je peine un peu mais réussis enfin à sortir de la ville pour prendre la N110 puis la N502 en direction d'Arenas-de-San-Pedro.
Au passage dans une station essence, je fais la pression des pneus et papote un peu avec le commis juste avant de reprendre la route. La voie est droite et plate et je fuse sur une bonne vingtaine de kilomètres entre 27 et 30Km/h.

La route rectiligne sur plusieurs dizaines de kilomètres traverse les vastes plaines du sud-ouest d'Avila avant de s'enfoncer dans la Sierra de Gredos.

A Robledillo, je fais une halte pour siroter un cola, assis dans un bar au beau milieu des présentoirs à cassette "Toda la techno 98", "Tropical Salsa", "José-Luis Fernando-Jimenez - te quiero mucho mas", etc...
En sortant, je remplis mes gourdes à la fontaine du village sous les yeux médusés de petits vieux assis à l'ombre en train de se tailler une bavette.

En passant à la Hija de Dios (c'est le nom du village qui en bon français signifie la fille de dieu, ça ne s'invente pas...), je me rends compte avec stupeur que je suis à court de pain. Pas de pain, c'est le pire qui puisse m'arriver...
Et c'est dans le petit village suivant, Mengamuñoz, que je pénètre dans un troquet et où, en désespoir de cause et ne trouvant aucune ultramarina en bordure de route dans cet endroit reculé du pays, je quémande un peu de pain.
Visiblement gêné, le patron me dit qu'il n'y a pas de pain ici... La déception est d'autant plus grande que non seulement je ne le sens pas vraiment, ce patron, mais mon estomac crie famine et je suis au bord de la fringale... Et c'est un client assis en bout de comptoir, les yeux humides des cañas qu'il s'est déjà enfilé, qui a sauvé ma soirée: "Merde mais t'as du pain, déconne pas!, l'engueule-t-il. T'as pas vu qu'il est à vélo, le type? Tu peux lui trouver un morceau quand même".
Et c'est un peu penaud que le patron est parti dans la cuisine et m'a ramené un demi pain qu'il me fera payer 60 centimes d'euro...
Je me retourne vers le type et le remercie d'un clin d'oeil pour le coup de pouce, avant d'entamer la discussion avec lui. Apprenant le périple que j’avais entrepris, tous les clients du bistrot prendront part à la conversation, s'intéressant au vélo et me conseillant sur le chemin que je dois prendre pour voir les plus beaux paysages de l'étendue montagneuse que je dois traverser. Un des anciens qui était assis à la table à côté de la porte du bar s'est même levé pour me voir démarrer. Pleine côte, sacs à bagages bien remplis, gourdes pleines, un gros coup de pied dans les pédales pour ébranler la machine, le départ est hésitant mais me voilà parti en direction du Puerto de Menga.

Je me hisse une heure durant jusqu'au sommet du col et devance la fringale de quelques tours de roue! Finalement, j'y plante la tente à la nuit tombante, le réchaud mugit et je me fais le plus discret possible: je ne sais pas si le camping sauvage est autorisé...

C'est exténué et presque à bout de force que je parviens au sommet du puerto de Menga.  Les dernières lueur du jour donnent un ton rose au ciel, dernier salut de l'astre solaire au cyclo-voyageur, avant de laisser place à la nuit

Je m'enfonce dans mon sac de couchage un peu flippé, à guetter chaque bruit de moteur qui s'approcherait du col pour éteindre immédiatement la lumière de ma frontale. Au dehors, le ciel, dont le noir si profond est un secret que seules les montagnes ou le désert gardent jalousement, étincelle de mille et une étoiles qui veilleront sur moi pendant mon sommeil.

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Mercredi 9 mai 2007 - Jour 13 - Puerto de Menga-Buentas Bonas

Ado en manque de télé regarde le cyclo se raser (et quand la police s'ennuie, elle jette un oeil aussi)

Départ : Puerto de Menga (11:00)
Arrivée : peu après le croisement entre la CM411 et la via verde de la Jara (22:00)
Km : 116.33
Cumul des km : 1049.98
Temps de parcours : 11h00
Temps cumulé : 108h05
Dépenses : 33€02 (coca, pain, chocolat, calamars à l'encre, lait concentré sucré, crème solaire, stick à lèvres)
Cumul des dépenses : 185€86

A nouveau ce matin, la chaleur devient suffocante lorsque j'actionne le curseur de la fermeture éclair et inutile de dire que le soleil est déjà haut dans le ciel quand je sors de mon abri orange... Petit déj’ traditionnel: café-lait concentré sucré, pain et chocolat.

Alors que le soleil est déjà haut dans le ciel, la tente orange contraste sur la végétation rase et vert-clair du col.  Au loin, les sommets sont encore enneigés.

Je traverse le plateau de la Sierra de Gredos entre le Puerto de Menga et le Puerto del Pico, à travers des paysages montagneux plutôt secs et des cimes lointaines encore enneigées.
Il paraît qu’une colonie de bouquetins peuplent les hauts sommets de la chaîne. En tous cas, et j’en ai encore la preuve aujourd’hui, l'Espagne est un pays de montagne.

Puerto del Pico, 1352m, kilomètre 55 de la N-502.  La descente vers la plaine de Castilla la Mancha sera raide et sinueuse mais magnifique En arrivant au Puerto del Pico qui marquera le début de la descente dans la plaine et précède de peu l'entrée en Castilla-la-Mancha, j’aperçois de l’autre côté du vallon une camionnette arrêtée sur un chemin qui part du col. Ses occupants, visiblement nombreux, me saluent en agitant leurs bras.

Je m'arrête au col et sors de mes sacoches un peu de pain et de chocolat pour me refaire un peu.
Et tandis que j'étais tranquillement assis dans l'herbe, avancé dans la pente pour profiter de la vue qui glissait dans la plaine, loin de Simone que j'avais laissé adossée contre un panneau touristique, quatre des occupants de la camionnette s'avancent vers moi.
Trois hommes en noir, au teint sombre, mal rasés, chapeau noir en laine vissé sur la tête, traînant un gamin un peu sale, un peu sauvage et dont le nez débordait de morve.
Les 4 gitans m'ont demandé s'ils pouvaient aller jeter un oeil au vélo. On s'est rapproché de Simone et ils m'ont posé une foultitude de questions sur le vélo. Et pour tout dire, je ne me suis pas forcément senti à l'aise lorsqu'ils ont commencé à m'en demander le prix...
A ce type de question, je réponds habituellement de manière très évasive en expliquant que c'est le prix d'un "bon" VTT. Or là, ils voulaient connaître la valeur précise. La discussion s'est terminée et ils sont repartis vers leur camion blanc, garé un peu plus loin, en compagnie de leurs femmes qui nous avaient entre temps rejoints .

Je reprends la route et la descente du Puerto del Pico est une succession de lacets raides. La bande de goudron s'accroche à flanc de montagne, sinue comme un serpent en train d'agoniser et, après l'ultime râle, me dépose tout doucement dans la plaine entre les champs d'oliviers, pin parasols et autres chênes lièges, au travers d'un paysage subitement devenu plus méditerranéen.

Je poursuis sur la nationale. Il y a peu de trafic. Quelques camions ci ou là au passage desquels je me réfugie sur la bande d'arrêt d'urgence.

Peu après la frontière entre Castilla-la-Mancha et Extremadura, une butte m'offre une vue dégagée sur la plaine immense qui s'étend à perte de vue...  Au fond, on apperçoit la crête des Montes de Toledo

Quelques kilomètres plus loin, je passe les mille bornes de mon voyage! Je m'arrête à Velada où je me rase sous le perron de l'église sous le regard amusés de quelques adolescents lascifs et de la police suspicieuse qui passe et repasse plusieurs fois...

Je poursuis vers Calera-y-Chozas sur une route plate, dans ce paysage de grandes prairies herbeuses où des taureaux paissent à l'ombre de chênes lièges majestueux.
Après une portion avalée à 30km/h de moyenne, je rejoins la petite ville où je recherche la via verde que je ne trouverai qu'un peu plus loin à la sortie de la ville.
Je l'emprunte, passe par des ponts suspendus bien au dessus des lacs que l'on traverse, me retrouve plongé dans des plaines collineuses arides, immergé dans le parfum enivrant des lauriers sauvages en fleur dont un soleil tardif et généreux saura en exhaler les arômes les plus subtils...

Je jette la tente à la frontale, au bord de la via verde qui longe la rivière alors que la nuit est déjà tombée.

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...La suite et fin: l'itinéraire sud (par ici!)

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