vous êtes sur ¡ www.miralabici.net !, un voyage à vélo couché entre Toulouse et Gibraltar - Aujourd'hui nous sommes le vendredi 10 septembre 2010
Le carnet de voyage se compose de trois volets: nord, centre et sud.
En voici la partie nord, de Toulouse (départ) à Arnedo (8ème jour)...
Premier jour, un p'tit tour!
Départ: Toulouse (13h15)
Arrivée: Forêt après Rieumes (16h30)
Km: 44.70
Cumul des km: 44.70
Temps de parcours: 3h15
Temps cumulé: 3h15
Dépenses: 14€36 (fruits, fromage et carte routière)
Je suis parti avec un jour de retard. Pas assez de temps pour préparer ce grand voyage: mes congés n'ont été accordé que 10 jours avant le départ...
Et puis il y a certainement eu ces quelques pintes partagées avec Fred, Christelle, Solange, Elsa, Laure, Nanard et Didier pour fêter le départ...
Du coup, je me suis reposé le jeudi et j'ai peaufiné les derniers préparatifs de la traversée... L'alibi devrait tenir la route et les sacs sont prêts.
Aujourd'hui, sur l'asphalte, rien de transcendant: Toulouse-Rieumes. 45Km. Le paysage est tout d’abord urbain, on ne peut plus urbain et je peine à trouver mon chemin dans le labyrinthe des rues des quartiers résidentiels de la banlieue sud-ouest de Toulouse. Les maisons disparaissent pour laisser place aux champs à déjà 25km de la ville. La route est plate et c'est bien mieux comme ça: je ne suis pas certain d'être remis de cette tendinite contractée 4 semaines auparavant lors d'une petite sortie de préparation (Albi-Béziers en vélo couché en 3 jours par la montagne noire). Pourtant je me soigne au rhus toxicodendron (médicament homéopathique indiqué pour la tendinite) et par application d'un gel anti-inflammatoire local.
La politique du départ, c'est de faire des petites étapes pour ne pas forcer sur le genou et si les douleurs ne passent pas ou s'aggravent, mettre fin au périple et rentrer en train. L'option, pour tout dire, ne me plaît guère mais reste une éventualité plus que probable.
Pendant la journée, il a fait grand beau et j'ai bien fait attention à appliquer de l'écran solaire sur le crâne que je me suis rasé la veille du départ (par souci d'hygiène et parce que le poids du shampoing sera ça de moins à transporter dans les sacoches). J'ai délaissé les avant-bras et mes coudes ont viré écrevisse !
J'ai planté la tente en forêt, en contrebas de la route, quelques kilomètres après la sortie de Rieumes, suffisamment loin pour être discret. Toute la soirée durant, je me suis fait dévoré par les moustiques... J'ai même découvert une tique qui aurait bien fait un Toulouse-Gibraltar pour pas très cher, sauf que mam'zelle, on veut pas de passager clandestins chez nous!
La popote est faite, la toilette aussi. Les cuisses ont été consciencieusement étirées. Il est 22h00 et je m'enfonce dans la tente pour m'endormir quelques secondes plus tard, bercé par le chant des oiseaux et le bruit des pas des chenilles sur le toile du double toit de ma tente...
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Si t'as le genou qui fait mal, ne force pas sur les pédales
Départ : Rieumes (11h15)
Arrivée : Balesta (18h15)
Km : 62.5
Cumul des km : 107.2
Temps de parcours : 7h00
Temps cumulé : 10h15
Dépenses : 2€90 (chocolat + coca)
Dépenses cumulées : 17€26
La nuit a été mouvementée : des cris d'effroi ont déchiré le noir et m'ont réveillés à plusieurs reprises. Une chouette, un chien ou un renard, je ne sais pas...
Le matin, après un état des lieux sommaire de mon épiderme suite à l’attaque en règle des moustiques de la veille, j'étais en train de prendre tranquillement le petit déj' quand, dans un fracas de branches dans le sous-bois, je vis une biche surgir de je ne sais où, suivie de peu par un gros chien qui, en ayant perdu la trace, a fait trois fois le tour de la tente, ventre à terre, et est reparti en direction du coin de bois où la biche a disparu...
Je termine le café au lait, la tranche de pain et les carreaux de chocolat du petit déjeuner et plie la tente, monte les sacoches sur le vélo pour la toute première des nombreuses fois du voyage.
Je me mets en route. La D3 que j'emprunte sinue entre Gers et Haute-Garonne, en équilibre sur la crête des vallons verts et bien dodus de la région.
A Ciadoux, un type dont l'accent est très visiblement du coin, assis sur sa tondeuse autoportée, vieux bob vissé sur la tête, s'approche de moi et m'adresse la parole, très intéressé par le vélo. Je passerai un bon quart d'heure à répondre à ses questions puis reprends la route.
Arrivé à Balesta, je marque deux arrêt: un premier pour me ravitailler un peu, le second, je le ferai pour m'abriter sous un hangar agricole d'un orage qui s'abat sur le vallon. Ca faisait quelques heures que le ciel se chargeait, que l'air se faisait lourd... Ca a bien fini par craquer, ce qui ne m'arrangeait guère parce qu'il fallait alors monter la tente, au pire sous la pluie, au mieux dans un champ d'herbe humide.
Quelques centaines de mètres plus loin, je prends un chemin sur la gauche qui descend vers la rivière gonflée par l’orage. Je plante la tente sous quelques gouttes non loin de l'eau et je me sens épuisé par l'effort de la journée, effort auquel mon corps n'est pas encore habitué. Je pars vite dormir et le flot du torrent me bercera tout au long de la nuit.
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En avril, commence par faire des étapes tranquilles
Départ : Balesta (10h15)
Arrivée : Capvern (12h15)
Km : 25.76
Cumul des km : 132.96
Temps de parcours : 2h00
Temps cumulé : 12h15
Dépenses : 0
Cumul des dépenses : 17€26
J'essuie une petite averse pendant la nuit et je replie la tente mouillée par la pluie. Le temps est incertain mais je reste optimiste pour les quelques km qui me séparent de Capvern (domicile de famille).
J'attaque la route en montée douce vers le plateau de Lannemezan, plateau qu'elle traverse en longeant les canaux d'irrigation qui déversent les eaux de fonte des sommets pyrénéens sur les champs fertiles du piémont.
Je contourne la ville et croise beaucoup de cyclos. Certains me saluent, d'autres sourient et d'autres encore, imperturbables, sont le nez dans le guidon, collé au compteur. C'est drôle de se dire qu'avec les derniers, on fait la même chose: pédaler mais peut-être pas pour les même raisons...
Arrivé à Capvern, je décharge le vélo, sèche la tente dans le jardin puis nous partageons le repas en compagnie de mes parents et de leurs amis proches. Je sombre dans 4 heures de sommeil d'une sieste réparatrice puis je fais essayer le vélo à mon père... Dubitatif, il l'était à la vue de cet engin bizarre... Après lui avoir prodigué les conseils d'usage, il l'a enfourché et comme la grande majorité des gens qui l'ont essayé, a réussi au bout de quelques tentatives à faire quelques coups de pédale et à tourner. C'est certain qu'il n'était pas forcément à l'aise au premier contact avec le vélo, tout comme moi lors de mes premiers tours de roue, mais il lui suffirait de faire quelques kilomètres pour prendre de l'assurance.
Je dormirai pour la première fois dans du dur ce soir, chose qui ne m'arrivera pas souvent pendant le voyage.
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Il faut savoir s'arrêter pour ne pas se retrouver trempé...
Départ : Capvern (11h15)
Arrivée : Igon (18h15)
Km : 64.47
Cumul des km : 197.43
Temps de parcours : 7h00
Temps cumulé : 19h15
Dépenses : 27€82 (Fromage, fromage fondu, brosse à dent, chocolat, figues séchées, lait concentré sucré, café, rhus toxicodendron, dentifrice)
Cumul des dépenses : 48€08
Je n'ai pas forcé et le genou va mieux. Serait-ce l'étape tranquille de la veille ou bien le traitement au rhus tox et l'application de la pommade? Toujours est-il que je n'ai quasiment rien ressenti de la journée, et ça fait du bien pour le moral: l'horizon de mon voyage se débouche et l'idée de renoncer perd un peu de sa consistance.
La descente de Capvern à Mauvezin puis à l'abbaye de l'Escaladieu n'était que du bonheur, le bonheur de flotter, de sentir le vélo chargé basculer de part et d'autre pour attaquer les virages qui se succédaient sous mes roues, le bonheur d'avoir à retenir la charge par petits coups de frein successif et de sentir une accélération soudaine lorsque l'on relâche la pression sur les patins. Je me sens en confiance sur le vélo. Il est incroyablement stable mais je reste vigilant pour éviter de prendre trop de vitesse. On frise pourtant les 60km/h.
La montée qui s'ensuit est elle à la hauteur de la descente: longue et raide. Et le soleil de plomb qui tape n'améliore pas les conditions... J'y laisse des plumes mais l'effort est récompensé par la vision magnifique de cette petite chapelle qui siège, solitaire, méditative, au pied des plus hauts et plus beaux sommets des Pyrénées.
Le pic du midi de Bigorre et le Montégu sont bien accrochés, signe que le temps va tourner...
Je traverse Bagnères de Bigorre, cherchant un magasin de pêche pour trouver ces petites clochettes avec pinces croco que l'on met sur les extrémités des cannes à pêche et qui tintent à chaque mouvement. Elles m'auraient servi d'antivol à accrocher sur les câbles de frein du vélo que je pose à côté de la tente. Finalement je ne trouverai pas le magasin et je découvrirai un peu plus tard qu'attacher le vélo avec le cadenas sur l'arceau de la tente sera plus efficace en cas de tentative d'effraction (il faudra que le cadenas soit détaché de la tente, juste à côté de mon oreille ce qui sera suffisamment peu discret pour me réveiller)...
Je casse la croûte sur le banc qui flanque l'église et assiste, assis face aux pompes funèbres, aux préparatifs d'un enterrement qui semblait imminent. Les assistants du fossoyeur étaient bien nerveux. En même temps, un enterrement, c’est pire qu'un mariage : il ne faut surtout pas le rater parce qu’on ne se fait enterrer qu’une seule fois dans sa vie !... En tous cas, ça ne doit pas être drôle tous les jours d'enterrer chaque jour des gens...
Quelques coups de pédale plus loin, je me retrouve à Lourdes où les touristes religieux déambulent dans la ville et où je ferai quelques courses. Je fuis très rapidement cet endroit trop fervent pour moi (plus précisément où la ferveur est mal orientée) et longe le gave de Pau vers le nord-ouest sous un ciel de plus en plus pesant.
Peyrousse puis Saint-Pé de Bigorre où je remplis mes gourdes et où un marocain se montre stupéfait par le vélo. On discute une dizaine de minutes puis je reprends la route. Le temps a tourné à l'orage et c'est sous une pluie battante que je fais mes derniers kilomètres.
Je trouve un coin où poser la tente en regardant entre les gouttes et je m'arrête finalement, faute de mieux, au bord d'une communale un peu passante. Je suis trempé, la tente est trempée, les affaires sont trempées...
J'avale deux/trois morceaux de fromage fondu, un peu de pain pour me donner du courage et tente d'essuyer tout ça avec une vieille serviette à main de cuisine plus qu'efficace pour le voyage: la matière éponge fine permet d'absorber une grande quantité d'eau (que l'on peut bien évidemment essorer) et sèche plus rapidement que les serviettes de rando du commerce que l’on paye à prix d’or.
Malgré l'averse intense, je me cuisine des pâtes et me fais un bon repas chaud. C'est important pour garder le moral.
Le jour tombe tôt, aidé en cela par l'épaisse couverture de nuage. Je ne mettrai pas longtemps à m'enfoncer dans mon duvet...
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Chien en liberté et c'est le sprint assuré!
Départ : Igon (10h30)
Arrivée : Bedous (15h15)
Km : 56.43
Cumul des km : 253.86
Temps de parcours : 4h45
Temps cumulé : 24h00
Dépenses : 15€40 (chausson aux pommes, tartelette aux prunes, tartelette aux abricots, thé, gîte d'étape)
Cumul des dépenses : 60€48
Fête du travail le premier mai qu'ils disaient... Ca a été « faites du vélo » pour moi.
Ce matin, je me suis posé la question de savoir si j'allais décoller... Et ça a duré un petit moment. Rester à cet emplacement peu confortable, sous la pluie qui a duré toute la nuit, y rester toute la journée, une journée de plus? A quoi bon...
Ca sentait pourtant le nuage épais, bien installé, confortablement calé entre deux collines et qui ne demandait qu'à y rester... Ces temps humides et pluvieux du début de l'été dans le piémont de l'ouest de la chaîne des pyrénées. Bref, un temps de chien. Dans ces cas, il ne faut pas se poser de question : il vaut mieux avancer. 20km, peut-être plus, mais pour le moral, la différence est là.
Je plie donc la tente sous l'averse qui s'était un peu calmée, juste un tout petit peu... Ma tente qui ne pèse que 3kg300 à sec monte subitement à 5.
J'attaque la route en longeant le massif, entre ruisseaux chargés de boue et champs détrempés que les fermiers de la région ont généreusement couverts d'un lisier frais, lisier qui donnait à l'air humide de la campagne une épaisseur quelque peu inhabituelle!
Au loin, les nuages se déchiraient sur les cimes de la forêt et s'agrippaient désespérément au flanc de la montagne, telle les fibres d'une barba papa que l'enfant d'une divinité des hauts sommets aurait décidé d'avaler goulûment.
Une bonne suée dans la dernière côte et j'arrive à Louvie-Juzon où je m'arrête pour reprendre un peu de force et boire un thé brûlant, de la chaleur à avaler pour un grand corps trop frigorifié...
Une heure que je suis là, assis à ma table de formica et le mégot de ma deuxième cigarette fume encore dans le cendrier. Au dehors, la pluie a redoublé d'intensité si j'en juge à la force de la précipitation et l'application avec laquelle les quelques passants s'engoncent dans les capuches de leurs vestes épaisses au sortir du bar.
Finalement, je décide de reprendre la route. Jusqu'à Saint-Christau, au moins jusqu'à Saint-Christau...
Le genou va nettement mieux et même si je ne force pas, je ne ressens plus les douleurs auxquelles il m'avait habitué lors des dernières étapes. C'est bon signe!
Après avoir traversé une zone périurbaine insipide qui prenait une tournure sinistre sous le manteau nuageux sombre et bas de ce ciel détrempé, la route m'invite, tout d'un coup plus joyeuse à la suivre et à serpenter le long du gave. Elle s'enfonce en forêt et se montre plus sévère: elle se raidit, monte, grimpe, titube et me dépose au col, quelques gouttes de sueur plus loin... A moi la redescente vers Saint-Christau.
Je bifurque à gauche vers Escot pour éviter la nationale et les voitures qui me frôlent toujours de trop près. J'aurai finalement droit aux chiens qui n'ont eu d'yeux que pour mes petits mollets poilus. Malgré l'effort que je mettais à ne pas trop solliciter mon genou, j'ai dû taper le sprint de ma vie pour ne pas finir en ersatz de Canigou... Et autant dire que les 25 kilos de bagage ne m'ont pas ralentis quand ce satané clébard a commencé à me poursuivre. Et malgré tout ce que je pouvais mettre dans les pédales, le klebs courrait toujours à côté de moi: je pouvais le voir du coin de l'oeil entre le vélo et le bas côté...
Et la pente se raidit et les muscles commencent à tétaniser de trop forcer sur les pédales (le genou? oublié, bien entendu!!!). Et je ne sais pourquoi, mais c'est Médor qui a lâché le premier...
Les deux suivants qui ont tenté de jouer avec le vélo ou le conducteur ou les deux, se sont montrés bien moins agressifs. Et tant mieux: j'avais cramé mes dernières cartouches avec le précédent et je n'étais plus de force à lutter.
En arrivant à Bedous, après un ultime coup de cul, j'ai finalement opté pour le gîte d'étape qui s'est providentiellement trouvé sur la place de la mairie, juste en face des arcades où je m'étais abrité de la pluie.
Et c'est en déchargeant mes sacoches que j'ai mesuré combien mes affaires étaient trempées: j'ai dû transporter aujourd'hui, non pas 25 mais 30 à 35 kg de bagage!!!
La douche chaude s’apprécie alors à sa juste valeur. Je lave puis sèche toutes mes affaire et me jette profondément dans le matelas de mon lit d’un soir.
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A vélo couché, t'en chie les doigts dans le nez!
Départ : Bedous (10h55)
Arrivée : entre Puerta-la-reina et Berdun (20h15)
Km : 89.66
Cumul des km : 343.52
Temps de parcours : 9h20
Temps cumulé : 33h20
Dépenses : 20€35 (rhus tox., tabac, courses diverses, coca)
Cumul des dépenses : 80€83
C'est en mettant le nez dehors que j'ai pu constater que le temps est visiblement meilleur ce matin. Je fais deux trois courses à la sortie de Bedous (j'allais tomber en rade de chocolat, de pain et de fromage fondu – la misère, quoi !) et j'attaque la montée, non sans appréhension (c'est le premier col digne de ce nom que je franchis, et mon genou droit n'est pas en grande forme, en d'autre termes, ça passe ou ça casse)...
Et pour monter, ça, ça monte!
Ca monte au moins jusqu'à Urdos, pédalant dans une vallée tout d'abord étroite, route à flanc de falaise, en fond de gorge, traversant des villages à peine habités l'hiver... Au moins jusqu'à Urdos où j'arrive et fais une pause déjeuner assis sur les bancs de l'ancienne douane. Les voitures qui me croisent ainsi que les camions qui montent ou redescendent sont visiblement surpris par le vélo. Trois piétons passent et restent dubitatifs quant à l'efficacité d'un tel engin en montée de col. C'est ce qu'on va voir!
Au moins jusqu'à l'entrée du tunnel, obligé de faire attention aux nombreux pachydermes motorisés qui croisent dans le coin et me dépassent en émettant un barrissement rauque accompagné d’un nuage généreux et épais de fumée noire... T'inquiète, je t'ai vu!
La route est pentue et je me cale dans un rythme que m'autorise mon genou, moins douloureux en ce moment.
Peu avant l'entrée du tunnel, je prends la petite route qui monte discrètement sur la gauche laissant les ruines des forges d'Abel, en contrebas de l'aire de délestage.
A partir de cette intersection, la route se rétrécit et l'asphalte se raidit franchement. La carte n'indique plus que 8km pour atteindre le col et je sens mes bagages peser dans mon dos. Le col se gagne dit-on et je mouline au premier rapport, en plus basse vitesse: chi va piano va sano paraît-il, c'est vrai: qui va loin ménage son vélo...
J'aperçois rapidement au bout du ruban noir une silhouette chargée qui progresse sur le bord de la route en direction du col. Je m'arrête brièvement prendre une photo et lui en profite pour disparaître tel un fantôme ou un troll de la montagne. Qu'à cela ne tienne: j'ai la volonté, les jambons, un bon vélo, chargé certes mais une bonne bécane tout de même. Et pourtant ce n'est que bien plus tard, après de nombreux lacets qu'il se détache à nouveau sur le feuillage tendre et vert presque fluorescent des hêtres qui ont sauté par dessus le parapet de la route pour se mettre à l'abri des acharnés de la vibram ou de la pédale lancés à l'assaut du col.
Un virage et il disparaît à nouveau. A peine apparaît-il qu'il disparaît tout de go et je rentre trop facilement dans ce petit jeu imaginaire où l'on est à deux, lui à pied et moi à vélo ("tu vas voir qu'il vallait mieux pour toi le monter à vélo, le Somport" me-lui disais-je), sauf que le seul à jouer, ben c'est bien moi et le titre n'est plus "devine qui de nous deux arrivera en haut le premier" mais "j'arriverai en haut avant toi"... Et j'en ai lâché des gouttes de sueur, à ce petit jeu imbécile, j'en ai donné des coups de pédale, à fixer obstinément les chiffres du compteur. Et j'en croyais à peine mes yeux: 5km/h en pointe! Tu m'étonnes que je n'arrivais pas à l'accrocher, le bonhomme avec ses tatannes, son bâton de pèlerin et son gros sac à dos!
Finalement, je l'ai dépassé dans un des derniers gros lacets sous le col, lorsqu'il se reposait, les fesses appuyées sur un rocher. Je passe devant lui et le salue de la main, salut qu'il me retourne avec un sourire. Puis je continue ma montée de forçat, appuyant sur les pédales comme un galérien, la tête vidée par la souffrance et l'abrutissement de l'effort, les cuisses tétanisées mais qui poussent quand même, mues par le plus profond de mes trippes...
Le paysage presque estival dans la vallée était devenu printanier lors de la montée. Ici, l'hiver, trop possessif, n'a pas encore délaissé cette partie là de son fief et la neige se fait de plus en plus abondante sur les bords de la route au fur et à mesure que je m'élève.
Tout en pédalant, j'empoigne ma gourde et peine à garder l'équilibre à cause de ma faible vitesse de progression. Rester concentré sur la route ET sur la gourde, malgré la fatigue, malgré l'effort, malgré le froid qui commence à me mordre les joues... Rester concentré...
J'aperçois le panneau, "Espagne 400m" et vois au loin se dessiner les maisons de l'ancienne douane d'altitude. Je râle, j'éructe, je crie l'effort ou la douleur, je ne sais même plus. En tous cas, je donne des vocalises et ça libère.
Je croise dans les derniers mètres des pèlerins qui me demandent "- Où allez-vous??? - Ben à Gibraltar..." La réponse était tellement surréaliste que je ne suis pas certain qu'ils m'aient cru!
La pression que j'exerce sur les pédales depuis ces 5 ou 6h de montée me déchire les cuisses et c'est certainement au nombre d'"*%culé" prononcé lorsque l'on touche au but que l'on mesure l'énergie dépensée pour y parvenir, à ce moment bien trop court où la route se bombe et tout doucement, presque tendrement vous dépose au sommet du col... Tout se relâche à cet instant extraordinaire, extraordinairement précis, extraordinairement jouissif et bien trop éphémère où l'on sent le vélo partir sans retenue et où la moindre caresse du pied, propulse la monture qui jusque-là vous avait retenue.
J'avais perdu l'habitude de ne plus mouliner et je manque de me casser la figure lorsque la route redescend!
Une photo au pied du panneau, des toits chargés de neige qui pissent la fonte et un froid de canard, c'est le décor du Somport (1640m) lorsque j'y suis passé.
Premier coca en Espagne, premier morceau de pain, premier morceau de chocolat et première cigarette aussi (on aura beau dire, celle là, on l'apprécie!). Et subitement je réalise que je voyage: c'est maintenant, même si je suis parti de Toulouse il y a 6 jours que j'ai ce petit pincement au coeur, entre la peur de partir (je suis pourtant déjà parti) et l'excitation angoissante de l'inconnu (Espagne me voilà !!!)...
Je suis là posé en haut d'une montagne à avoir le choix entre y aller ou rester, poursuivre ou rentrer... J'ai le genou en vrac et la montée ne l'a pas ménagé, c'est clair! Si je continue le périple, je plonge dans la vallée, du bon côté, là où ça sent les beignets de calamar, la cerveza, les tapas, le soleil (quoique le temps n'était pas là pour faire de la pub pour ce côté-ci du col!!!), ce côté où les gens parlent fort mais spontanément, là où l'on s'adresse à vous avec plus de franchise et plus directement qu'en France...
Mais si le genou lâche, ça se complique quand même un peu: le retour en train par une des extrémité des Pyrénées, une langue différente… Au diable les varices, je bascule!
Et c'est parti pour la descente vers Jaca. Des voitures me croisent et la surprise, plus spontanément, est manifestée par des coups de klaxon! Il y en a même qui s'arrêtent pour prendre une photo (ce sera très souvent le cas pendant le périple).
Le genou commence à me lancer une douleur aiguë à la montée d'une côte juste avant d'entrer dans Jaca et la tendinite visiblement reprend du service. Je suis inquiet pour la poursuite du voyage, mon moral baisse subitement et je décide de faire une pause dans le jardin de la ville où mon passage et surtout le vélo ne laisse pas indifférents les enfants qui jouent dans le square: ¡Mira la bici!, ¡Mira!, ¡Mira!
Je demande mon chemin à un type en espagnol, appuyé sur les 30 heures de cours que j'ai derrière moi (autant dire bien bancalement!). On discute, on blablatte et quel soulagement de voir qu'il parle un peu français (là pour tout dire, je me sentais quelque peu pas en confiance du tout dans la langue de Cervantes et surtout mal barré pour communiquer pendant le voyage!).
Je décide de continuer vers Pampelune mais la douleur de la tendinite dans le genou droit se réveille et le pied gauche, pour répondre à l'autre jambe, commence à me faire mal de trop avoir forcé pour compenser la faiblesse de sa soeur.
La route, beaucoup plus plate tranche avec les jours précédents. Elle chemine sur une sorte de plateau vert pomme, parsemé de jeunes champs de blé qui mûrissent au soleil d'un début de printemps du nord de l'Espagne et ça fait tout bizarre de voir le massif des Pyrénées... vu du sud!!!
Un peu avant Berdun, la route remonte sur le plateau pour laisser apparaître un village majestueusement perché sur une butte. J’aperçois un chemin qui part à droite dans les champs, route stabilisée, carrossable et l'emprunte pour trouver un endroit où dormir à l'abri des regards. Je plante la tente sur un accès de champs en veillant bien à ne pas empiéter sur les cultures. Je suis épuisé par cette grosse journée. Quelques voitures passent par là, un tracteur, et je leur fais un salut de la main qu'ils me rendent amicalement... Visiblement je ne dérange pas alors ¡Adios, voy a dormir!
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Qui pisse vent de front s'en met plein le pantalon
Départ : entre Puerto-la-reina et Berdun (11h00)
Arrivée : 1 km après Aibar (19:15)
Km : 67.20
Cumul des km : 410.72
Temps de parcours : 8h15
Temps cumulé : 41h35
Dépenses : 10€78 (coca, pain, chocolat, fromage fondu et madeleines)
Cumul des dépenses : 91€61
Cette étape ne restera pas dans les annales. Pourtant le paysage y est magnifique et je découvre en Aragon, au pied des Pyrénées, des villages entiers abandonnés, tour à tour pendus dans des pentes abruptes ou plantés au sommet d'une colline en bord de lac.
Le genou me fait extrêmement mal et la vivacité de la douleur ressemble étrangement à ce que j'ai ressenti du côté de Béziers il y a 5 semaines. La chaleur de la journée qui contraste avec la fraîcheur des jours derniers rajoute au malaise que je ressens.
Tout d'un coup, je me remémore une discussion que j'ai eu, quelques semaines auparavant, avec une personne qui m'a affirmé qu'une tendinite pouvait provenir des pédales automatiques. Cela faisait effectivement 7 jours que je pédalais, pédales bloquées, et cela faisait 7 jours que je me tartinais le genou tous les soirs avec l'anti-inflammatoire local pour une durée préconisée d'application maximum de 5 jours. Bref, c'était la dernière solution avant l’interruption du voyage: j'ai dégrafé les pédales automatiques.
Et vous me croirez ou pas, mais du jour au lendemain ou presque, la douleur a sérieusement diminué. J’ai poursuivi le traitement au rhux tox pendant quelques jours encore et je n'ai pas forcé sur les jambes, mais je n'ai pas non plus évité de pédaler. J'aurai finalement parcouru quelques kilomètres jusqu’à Gibraltar !
Je passe le long du lac artificiel et visiblement récent de Yesa (et saisis subitement la signification des graffitis taggés sur les murs des abri-bus et autres maisons en ruine parsemés au bord de la route et qui affichaient vindicativement un "¡yesa, no!") pour redescendre vers Liedena où je rencontre Sergio, un espagnol parti faire le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle en VTT.
J'emprunte en sa compagnie la via verde de Liedena à Lumbier qui nous fait progresser dans le fond d'une gorge magnifique, flanquée de falaises oranges et où les vautours nichent à l'écart de la civilisation. Mais la civilisation les a rattrapés...
A Lumbier, je sirote un coca dans un bar en matant la télé. Un reportage sur les ours, en espagnol bien entendu, dans un brouhaha presque assourdissant balancé dans le troquet par trois joueurs de dominos visiblement passionnés par les parties qu'ils se livraient!
Je cherche un cendrier et découvre que le cendrier est énorme. Il comporte une dizaine de tables, un gros bar, un escalier qui mène à une quelconque salle en haut, un flipper! Bref, le cendrier, c'était le sol du bar!
Deux-trois courses et je reprends la route vers le sud pour butter rapidement sur la montée du puerto Olay, un col à 8% sur 5km sur fond de vent à décorner les taureaux et d'éoliennes qui insufflent un peu de vie durable à la fée électricité de la péninsule ibère.
D'ailleurs le vent m'aura sérieusement freiné pendant toute la journée.
Une fois le sommet atteint, je bascule vers Aibar et atteins la vitesse de 85.96km/h en descente (dixit el señor comptor kilométrico). Inutile de dire qu'il m'a ensuite fallu mettre quelques coups de patins pour ne pas faire d'excès de vitesse à l'entrée du le village suivant, village que je traverse comme une balle.
Le temps se dégrade. De légèrement couvert en début de journée, il passe à couvert puis le ciel bas, sombre, se désagrège en sa base en lambeaux de cotons gris foncés, ce qui ne laisse rien présager de bon.
Je cherche dans la précipitation un coin où dormir, un peu à l'écart et trouve un lopin de terre, planté de 4 oliviers.
Dans la soirée, le paysan passe en C15, baisse sa vitre et me parle. Je ne comprends presque rien mais visiblement, il m'autorise à passer la nuit. Je le reverrai le lendemain.
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Tunnel à lumière automatique rend les choses plus pratiques.
Départ : 1 km après Aibar (10:00)
Arrivée : Arnedo (21:00)
Km : 105.70
Cumul des km : 516.42
Temps de parcours : 11h00
Temps cumulé : 52h35
Dépenses : 11€88 (Sèches, coca, fruits, tomates, chocolat, pain)
Cumul des dépenses : 103€49
Après un petit déj’ composé des désormais habituels café fort au lait concentré sucré, pain et chocolat, je démonte la tente, recharge Simone (c'est le petit nom du vélo) et reprends la route qui serpente entre des champs de blé encore verts, au pied de collines qui parsèment la région.
La douleur au genou droit s'est tellement atténuée qu'elle en est devenue imperceptible mais c'est le tendon d'Achille du pied gauche qui me fait souffrir à présent, certainement d'avoir trop compensé et forcé ces derniers jours. Je fais une halte à Eslava pour le masser au baume du tigre et me désaltérer un peu avant d'attaquer le puerto de Lerga (col à 754m). Un paysan du village qui se promenait sur le trottoir de la rue principale, interloqué par la forme particulière du vélo, engage la conversation. Lorsque je lui ai dit d'où je venais et où j'allais, il s'est enfui jambes à son cou en poussant des ¡Joder!, certainement persuadé d'avoir croisé un fou!!!
Je poursuis la montée vers le col (754m) puis bascule sur une large plaine en direction d'Olite, dont le château caractéristique, se détache de l'horizon.
J'y fais une petite pause, casse la croûte sur un banc face au Parador devant lequel défilent des troupeaux entiers de collégiens français star académisés, en visite dans la région.
J'ai un peu de mal à trouver ma route pour sortir de la ville et pars en direction de Pampelune, prends conscience de mon erreur puis fais demi-tour pour emprunter une départementale un peu étroite en comparaison avec le trafic qui y circule, ce qui rendait les dépassements un peu plus dangereux. Qu’à cela ne tienne, je redouble de vigilance.
Le revêtement a beau ne pas être parfait, j’ai, pour la première fois du séjour, le vent dans le dos ce qui fait considérablement grimper la moyenne.
En arrivant sur Peralta, je jette un oeil dans le rétroviseur, intrigué par des lumières clignotantes distinguées du coin de l'oeil.
Derrière moi, un 4x4 Suzuki vert foncé, des gyrophares plantés sur le toit, feux clignotant sur la calandre, et plein phare, me suivait. D'abord interloqué, je continue la route à mon rythme mais voyant qu'ils me suivaient avec insistance, je leur fais de la main un signe interrogatif et quelque peu acrobatique (sur vélo couché, c'est pas facile de se retourner, surtout quand on roule!!!), signe qu'ils ont dû prendre pour un accusé de réception de tentative d'interpellation. Le 4x4 me dépasse et la Guardia Civil se gare un peu plus loin sur le bas côté.
Je pose le pied à terre et aperçois le conducteur sortir de la voiture, assez baraqué, béret vissé sur la tête, visage carré et menton en avant. Il avance alors vers moi et remet en place son ceinturon d'un geste caractéristique très caricatural qui lui fait courber les lombaires, sortir les fesses et remonter les épaules au dessus de la tête.
"Ola Señor, ¿tiene papeles?" Je descends du vélo pour fouiller dans ma sacoche arrière et son acolyte nous rejoint. Tous les deux sont bien intrigués par le vélo. Pendant que le conducteur s’éloigne vers le 4x4 avec mon passeport, lombaires courbées, fesses sorties, épaules remontées au dessus de la tête, son collègue m'explique que la route est étroite, que j'ai un casque et qu'il faut le mettre parce que c'est dangereux, les automobiles, les camions, les gens, vous savez, eh ben on ne sait jamais...
Au retour du conducteur, il me rend mes papiers et range son stylo dans la poche de poitrine, lombaires courbées, fesses sorties, épaules remontées au dessus de la tête, et leur discours devient tout autre: ils me posent alors plein de questions sur le vélo, si je l'ai fabriqué, d'où il vient, où je vais, etc... Juste avant de se quitter, le gros barraque me fait une dernière recommandation, les yeux rivés sur le vélo, lombaires courbées, fesses sorties, épaules remontées au dessus de la tête bien évidemment: le port du casque, c'est important... Et que ce n'est pas pour eux qu'ils me le disent mais bien pour moi!
Je passe rapidement Peralta et fonce vers Calahorra où je m'arrête pour remplir les gourdes. En faisant les courses dans une superette sur la place principale, je vois à travers la porte que Simone attire l'attention. En ressortant, un type un peu balafré du visage ainsi qu'un viet-namien et sa petite fille sont intrigués par le vélo. Ils me posent beaucoup de questions et je ne comprends pas tout de l'espagnol parlé avec un accent viet-namien! Mais c'est quand même cocasse et je reprends la route vers les montagnes avec le sourire.
Je peine un peu à trouver le début de la via-verde qui doit m'emmener de Calahorra à Arnedo ce qui me fait emprunter la portion de voie rapide qui contourne la ville.
La voie verte chemine dans une vallée plantée de pêchers en fleurs, d'amandiers et d'oliviers et la route que je longe est flanquée de hangars de production de champignons de paris qui déversent dans l'air chaud de l'après-midi des odeurs caractéristiques et chargées de spores des caves à champignon. Cela mis à part, le paysage me semble maintenant plus typique de ce que j'attendais de l'Espagne: plus sec et plus chaud. Les collines se redressent et la voie passe quelques gares désaffectées, tagguées et murées qui ont certainement servi de squat à quelques marginaux en mal d'authenticité ou en colère contre la société, ou les deux. Je fais un brin de toilette à un point d'eau à proximité de l'une d'elles.
Le soleil descend vers l'horizon au delà des éoliennes qui ont poussé sur les crêtes et je passe un tunnel à lumière automatique (merci fée électricité!) qui me mène dans la vallée d'Arnedo.
La vallée y est plus étroite, plus encaissée au fur et à mesure que l'on remonte la rivière mais le décor est magnifié par les falaises rouges qui la bordent et qui brûlent sous la lumière chaude du couchant.
Des petites parcelles maraîchères généreuses bordent la via verde, elle-même accolée à la rivière, et je repense à la vallée du Todra du côté de Tineghir au Maroc. Au fur et à mesure de la progression vers l'amont, la vallée se fait plus étroite et la concentration en habitation se fait aussi plus dense. Je traverse quelques cités populaires et suscite la curiosité des gens. Les enfants sont hilares et courent à mes côtés ¿Que es eso? ¿Como se llama? Rire et spontanéité font plaisir à voir et au beau milieu de ce moment de petit bonheur, je sens un truc impacter ma poitrine. Je baisse les yeux... Un oiseau vient de me chier dessus! Le con! Forcément, allongé, on augmente la surface et donc la probabilité mais quand même! Faut pas se gêner, bordel!
En arrivant à Arnedo, je me cale dans un parc municipal, seul endroit de la vallée qui me semble abrité d'une crue de la rivière, dans l'éventualité où les nuages qui ont bourgeonné en fin de soirée venaient à cracher l'orage. La pelouse y est verte et accueillante mais à la tombée du jour, tout le parc s'illumine à la lueur des lampadaires! Je me résouds à attendre pour planter la tente... Sauf que le paseo est le sport national ici: avant ou après le repas, jusque tard dans la nuit, les gens partent faire une petite ballade. Je casse la croûte, attendant que les gens disparaissent mais à 23h, fatigué de la journée, constatant avec dépit qu'il y avait encore trop de jeunes qui traînaient dans le parc malgré les lumières publiques éteintes, cherchant à rester discret, je décide de poursuivre et tente de trouver un endroit plus tranquille.
Je monterai la tente un peu plus loin entre rivière et clôtures de parcelles des jardins particuliers, accueilli par un brouhaha d'aboiements des chiens qui gardent les lopins de terre entourés de clôtures disproportionnées et hérissés de barbelés... Question discrétion, c'est raté!
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