En sortie de Cañamera, le paysage s'ouvre sur les plateaux du nord de l'Extramadura

vous êtes sur ¡ www.miralabici.net !, un voyage à vélo couché entre Toulouse et Gibraltar - Aujourd'hui nous sommes le vendredi 10 septembre 2010

Le carnet de voyage se compose de trois volets: nord, centre et sud.
En voici la troisième et dernière partie, la partie sud, de Buetnas-Bonas, province de Castilla-la-Mancha (14ème jour), à proximité de l'Extremadura, jusqu'à Gibraltar, destination finale (20ème jour)...

Si vous n'avez pas parcouru la partie nord et centre du carnet de voyage, elle sont disponibles ici pour la partie nord et ici pour la partie centre.

Toulouse-Gibraltar: La partie Sud

Itinéraire Toulouse-Gibraltar, sud du parcours: Montes de Toledo (province de Castilla la Mancha) - Guadalupe dans la province d'Extremadura - Villanueva-de-la-Serena - Quintana-de-la-Serena - Azuaga - Cazalba dans la province d'Andalucia - Brenes - est de Sevilla - Utrera - Arcos-de-la-Frontera - Medina-Sidonia - Verez-de-la-Frontera - Tarifa - Algeciras - Gibraltar, fin du voyage

Jeudi 10 mai 2007 - Jour 14 - Buentas Bonas-Madrigalejo

Extremadure: pas extrêmement dûre... un peu quand même

Départ : peu après le croisement entre la CM411 et la via verde de la Jara (10:20)
Arrivée : peu après l'intersection entre le canal et la Vía Verde de las Vegas del Guadiana y las Villuercas (22:00)
Km : 116.05
Cumul des km : 1166.03
Temps de parcours : 11h40
Temps cumulé : 119h45
Dépenses : 10€11 (pâtisseries, coca, courses)
Cumul des dépenses : 195€97

La gare désafectée de San Quiteria marque le terme de la via verde.  Au milieu de ces bâtiments aux murs blanc délabrés, il n'y a pas âme qui vive...  C'en est presque sinistre! Je plie mes affaires ce matin après un petit déj’ copieux et poursuis sur la via verde avec un vent de face qui m'accompagnera toute la journée.
En arrivant à la gare désafectée de San Quiteria, terme de cette voie verte, je prends une piste qui me mêne à Puerto San Vicente.

Au détour d'un virage, j'aperçois au loin sur son âne un homme qui mène un troupeau de chèvres. J'empoigne mon appareil photo et fais quelques images malgré une lumière déjà peu propice au cliché du siècle parce que bien trop contrastée.
Arrivé à ma hauteur, le vieillard me salue et me tend la main pour me signifier que je lui dois de l'argent. - ¿Por que? [pourquoi] lui demandais-je, - ¡Por el trabajo! [pour le travail]. Je fais mine de ne pas comprendre et lui propose gentillement du chocolat en échange. Finalement, il refuse et part rejoindre son troupeau qui entre temps avait pris de la distance.
Au détour de la route, je croise un veil homme assis le dos voûté sur son âne, au beau milieu d'un troupeau de chèvres qu'il mène aux champs

J'arrive à Puerto San Vicente. Une grande croix à l'entrée du village donne le ton.
Composé de maisons aux murs blancs, le village est un dédale de ruelles étroites mais pourtant lumineuses. Et c'est drôle parce qu'au premier abord, il n'y a pas âme qui vive. Les rues sont vides mais le temps de manger des palmiers au chocolat devant une boulangerie sur laquelle je suis tombé par hasard, j'ai vu passer cinq personnes et deux chats!!

Le puerto de San-Vicente marque la frontière avec l'Extremadura Je réenfourche le vélo et franchis le col. On passe en Extremadura. Le paysage se transforme: plus escarpé, plus montagneux, les chênes lièges laissent la place aux eucalyptus.
Après quelques kilomètres, je parviens à Alia. En changeant de province, j'ai ce sentiment que non seulement le paysage avait changé mais les visages aussi. Les regards se font plus sévères, plus sombres... La région est aussi plus croyante et l'on voit des icônes jusque sur les carrosseries des cabines des poids-lourds. C'est d'ailleurs de cette région que sont partis de nombreux immigrants pour la colonisation des Amériques.
Je rentre dans un bar et commande un coca. Les femmes du village s'étaient donné RDV et papautaient autour d'un café et d'un sirop en fumant des cigarettes. Ca piaillait sévère à l'ombre pendant que la chaleur et la lumière étaient écrasantes à l'extérieur. J'en profite pour remplir mon carnet de voyage.

Après Guadalupe, la végétation se remet d'un incendie récent.  Les eucalyptus qui y ont survécu n'ont rien perdu de leur splendeur et doivent bien atteindre une vingtaine de mètres Col de puertollano?  Un autre col dans la poche...  Allez, je fais une photo! Je reprends le vélo et franchis un nouveau col pour basculer et continuer jusqu'à Guadalupe, cité semble-t-il mystique à en voir le nombre de curés que j'ai vu sortir de la ville au volant de grosses berlines. Un monastère trône au centre de la ville et draine un nombre incroyable de touristes religieux. Je ne reste pas: juste le temps de manger un peu, faire quelques courses puis reprends la route jusqu'à Logrosan où je m'arrête dans une station essence pour me désaltérer, refaire la pression des pneus et discuter un peu avec le pompiste et ses deux collègues qui étaient curieux à propos du vélo.
Les paysages que je traverse sont parsemés de collines verdoyantes qui roulent jusqu'aux contreforts de la Sierra de Guadalupe.  Une villa aux murs blancs trône fièrement en premier plan de cette vue royale. Ils m'indiquent le point de départ de la via verde que je comptais prendre jusqu'à Villanueva.

Ce n'est pas du macadam, mais du stabilisé... Un peu plus fuyant sous les roues qu'un vulgaire chemin de terre et il me faut quelques kilomètres pour m'habituer... Une fois le vélo en main sur ce type de revêtement, je mets la gomme. La pente est très douce mais dans mon sens. Le vent est faible mais dans mon dos et je couvre une trentaine de kilomètres en un peu moins d'une heure quand la nuit se couche.

Dans les dernières lueur du jour qui, je traverse un canal artificiel.  Il est temps de cherche un endroit où planter la tente. Au crépuscule, je franchis un canal. Des cigognes perchées sur des poteaux électriques qui bordent le chemin s'envolent gracieusement à mon passage. Le spectacle est magnifique.
Je m'arrête en plein champ, non loin de quatre de leurs nids et les entendrai claquer du bec jusqu'à mon sommeil.

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Vendredi 11 mai 2007 - Jour 15 - Madrigalejo-Caserios Porras

Si tu ne comprends pas, demande de répéter
Si tu ne comprends toujours pas, demande à nouveau de répéter
Si tu n'as toujours pas compris, demande à l'autre ce que le premier a voulu dire

Départ : peu après l'intersection entre le canal et la Vía Verde de las Vegas del Guadiana y las Villuercas (10:15)
Arrivée : Intersection entre EX111 et EX211 (21:45)
Km : 103.33
Cumul des km : 1269.36
Temps de parcours : 11h30
Temps cumulé : 131h15
Dépenses : 10€10 (pâtisseries, coca, chocolat, tomates, orange)
Cumul des dépenses : 206€07

En remballant mes affaires ce matin, je me rends compte que la visière de mon casque s'est fait la malle... Je jette un oeil à une photo prise la veille à 2km tout au plus de mon point de bivouac et elle se trouve encore sur le casque. J'enfourche le vélo et la retrouve sur le chemin 200m en amont.
Je ne me suis pas étiré la veille et je le sens: mes muscles sont endoloris de l'effort et l'acide lactique est resté dans les fibres musculaires, c'est clair!

La via verde traverse aujourd'hui des plaines irriguées de l'est de l'Extremadura mais son entretien laisse à désirer et colzas et chardons ont par endroit tellement envahit la voie que je peine à me frayer un passage.
Au Km7, je perds mon chemin et tombe sur une grosse départementale. Finalement, je retrouve la suite de la via en revenant sur mes roues.

Je fais sécher mes vêtements, aux heures les plus chaudes de la journée, à l'ombre des palmiers dans un parc de Villanueva de la Serena en utilisant Simone comme étendoir.  Plus je progresse vers le sud, plus les températures grimpent Je poursuis la route jusqu'à Villanueva-de-la-Serena, grosse ville de la région où je remplis mes gourdes et profite d'une pause pendant les heures chaudes de la journée pour faire une lessive à l'ombre des palmiers. Et pendant que j'avais le dos tourné, Simone s'est déguisée en étendoir… Impayable Simone, va !

Je reprends la route en direction de la Haba et le paysage de prairies parsemé de chênes lièges qui avait disparu depuis deux jours réapparaît aux abords de la route. Un peu plus et je me croirais en Amérique du sud.
Sur le trajet, les gens sont surpris. Certains font demi tour et je les vois prendre une photo avec leur portable en me dépassant. On me salue, on klaxonne, les routiers en particulier... Peut-être parce que l'on a ça en commun: la route!
En tous cas, à vélo, on a le temps. Le temps de regarder le paysage, de sentir les odeurs, de s'arrêter, d'observer, et c'est amusant aussi de voir la vie qu'il y a dans les voitures qui vous dépassent ou qui vous croisent: ça éternue, ça discute, ça frime, ça se recoiffe, ça tousse, ça se maquille...

A San-Quintana, je demande ma route à un policier et poursuis jusqu'à Zalamea où un groupe d'enfants curieux et surpris eux aussi par le vélo me tiendront compagnie pendant mon repas pris sur les bancs de la place de la mairie...
Ils avaient tous un accent incompréhensible et je ne comprenais rien ni à ce que le premier disait, ni le second, ni le troisième... L'accent andalou m'a-t-on dit est redoutable... Eh bien j'atteste!!!

Finalement, je reprends le bitume à la tombée du jour vers Azuaga. La route chemine en campagne et je plante la tente dans des paysages splendides, magnifiés par la lumière chaleureuse du couchant, cet instant où le soleil procure aux paysages une texture soudainement feutrée, chaleureuse, presque divine, ce moment magique du crépuscule où l’équilibre entre lumière et ténèbre est tel que l'on se surprend à douter de la victoire de la nuit sur le jour...

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Samedi 12 mai 2007 - Jour 16 - Caserios Porras-El Pedroso

Choisis un bon site pour ta tente et tu passeras une nuit clémente.

Départ : Intersection entre EX111 et EX211 (10:05)
Arrivée : Mine entre El Pedroso et Cantillana (22:15)
Km : 125.35
Cumul des km : 1394.71
Temps de parcours : 12h10
Temps cumulé : 143h25
Dépenses : 14€42 (pâtisseries, coca, pain, chocolat, calamars, olives)
Cumul des dépenses : 220€49

Azuaga est une petite ville comme les autres: des voitures sont parquées au pied des maisons au mur blanc J'attaque la route ce matin avec des paysages qui ne sont pas aussi beaux que ceux de la veille mais je progresse vers le sud jusqu'à Azuaga où je fais une petite pause pour prendre un jus d'orange et où j'en profite pour lire quelques chapitres de mon guide sur l'histoire de la péninsule ibérique.

Je laisse Simone dans une ruelle blanches de la ville pour aller me désaltérer d'un jus d'Orange.  Elle en profite pour contempler le paysage qui s'ouvre au loin. Ensuite, ça se raidit: les buttes se succèdent pour traverser la frontière de province entre Extremadura et Andalousie.
Aux fortes pentes qui défilent sous mes roues, il faut ajouter une chaleur presque étouffante et un soleil de plomb. Autant dire que tous les éléments s'étaient ralliés contre le cyclo froggy parti à l'assaut du bastion roast-beef du sud. La terre, l'air, le feu... Seule l'eau était à mes côtés, et pour en boire, j'en ai bu!

Après réflexion et parce que c’est le moment de prendre une décision, je choisis de prendre une route qui attaque Gibraltar par l'ouest: à priori, toutes certitudes mises à part, je devrais avoir le vent dans le dos pendant la fin du trajet... En toute logique, nous sommes dans l'hémisphère nord et dans l'hémisphère nord, les vents dominants viennent de l'Ouest... C'est presque sûr, j'aurais le vent dans le dos.

Je pousse alors jusqu'à San Nicolas-del-Puerto et après une petite pause dans un café extrêmement bruyant, j'entame la via verde qui me déposera à une station de le Renfe (SNCF espagnole) en fond de vallée. De là, une route remonte pendant 8Km vers Cazalba-de-la-Sierra tout au long de laquelle je verrai défiler des hordes de voitures, emplies de jeunes qui m'interpellent en beuglant. Je les trouve un peu bizarre ces Andalous mais je continue à monter.

Arrivé à Cazalba, je fais une pause et me rends compte que l'Andalousie ou tout du moins le peu que j'ai pu voir de cette Andalousie-là respire et transpire ses origines maures...
Ici, c'est loin d'être rangé et propre comme peuvent l'être les capitales du nord de l'Europe. Ca crie, ça braille, ça hurle, ça roule des mécaniques au volant de voitures bichonnées et au guidon de motos et autres quads pétaradants... Bref, c'est un pays de mec qui ont des couilles, des vraies!

A la tombée du jour, je quitte El-Pedroso pour poursuivre et trouver un endroit où dormir. Hélas, de part et d'autre de la route, des clôtures se dressent et m'interdisent d'établir le bivouac. Il me faut faire 25Km de plus pour sortir du Parque Natural... Là aussi tout est clôturé...
En roulant, j'aperçois dans la pénombre du crépuscule un endroit à peu près convenable sur le bas côté et, faute de mieux, m'arrête pour inspecter le lieu. En contrebas de la chaussée, juste au bord d'une nationale, sur le terre-plein qui sépare la route des cultures, je vois à la lueur de ma frontale un pare-chocs éventré qui traîne par terre et de traces de pneus dans la boue sèche. Il ne m'en faut pas plus pour renoncer à ce spot.
Je reprends le vélo à contrecœur, épuisé par la journée.
Quelques kilomètres plus loin, dans la nuit, j'aperçois sur la gauche une route qui quitte le grand axe que j'emprunte. Je m'y engage et tombe une petite centaine de mètres plus loin sur un immense portail qui en barre l'accès. Tant pis: c'est du macadam, certes, mais c'est abrité, tranquille et suffisamment discret vis-à-vis de la route. C'est décidé, je m'y installe.

Mais à cet instant, je remarque dans le noir qu'une voiture, feux éteints, moteur tournant se trouve de l'autre côté de la clôture. Le moteur s'éteint. Je la distingue à peine. Ce n'est pas rassurant.
Je feins celui qui cherche sa route, allume la frontale, saisis la carte et regarde scrupuleusement un trajet que je n'avais pas l'intention d'emprunter...
Pour être franc, tout s'écroulait: épuisé, au bout du rouleau, c'était le seul endroit correct qui m'était offert et je savais que partir signifiait pédaler à nouveau. Je n’en pouvais tout simplement plus, je ne pouvais plus continuer dans une nuit noire trop sombre pour chercher un emplacement décent... Le moral était bas, très bas et pour tout dire, proche du zéro absolu.

De l'autre côté du portail, une voix me crie "¿Que pasa?" . Je voyais mes projets de campement sauvage, guillerets, heureux et joyeux s'effondrer comme un vulgaire château de carte. J'arrivais à peine à mettre des traits sur le visage de la silhouette petite et trapue qui me faisait face un peu plus loin, de l'autre côté des barreaux de fer forgé.
Je dis dans mon pauvre espagnol "je cherche un endroit pour dormir". "C'est une propriété privée ici." Une réponse froide, sèche, mathématique, automatique. Je laisse le temps à la déception de prendre un peu moins de place dans mes émotions et reprends après quelques instants "Vous savez où je peux trouver un camping ? Parce que tout est clôturé par ici...". Les phares de la voiture s'allument et m'éblouissent. Brusquement, la silhouette qui me fait face change de ton: "reste ici, tu seras bien"!
J'avais le coeur qui battait la chamade et qui allait exploser. Je ne savais comment le remercier. "Pose ta tente ici, sur le côté, tu seras tranquille". Il me propose même de passer de l'autre côté du portail et me montre un trou béant dans le clôture métallique. Simone est un peu trop large des rétroviseurs et ne passera pas. Je resterai à veiller sur elle pendant la nuit dans ce cas.
J'étais prêt à bivouaquer quand je lui demande "- ¿Lo sabe si va a lluevar esta noche? lui demandais-je, - ¡No llueve por aqui, ombre, no llueve por aqui!". Visiblement il ne pleut pas par ici...!

La voiture démarre et se met derrière le portail. Le petit trapu, José, ouvre le cadenas pour le refermer derrière le véhicule qui sort. Je lui demande s'il y aura du passage demain. Il me répond que non, on est dimanche... Une bonne nuit en perspective. Finalement, on se salue, je le remercie chaleureusement et pars me coucher après le traditionnel plat de pâtes.

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Dimanche 13 mai 2007 - Jour 17 - El Pedroso-Espera

Vent dans le nez, route défoncée ? Te pose pas de question, avance !

Départ : Mine entre El Pedroso et Cantillana (10:30)
Arrivée : Petit chemin de terre, 3km avant Espera (21:45)
Km : 130.09
Cumul des km : 1524.80
Temps de parcours : 11h15
Temps cumulé : 154h40
Dépenses : 8€20 (coca, bobons, courses)
Cumul des dépenses : 228€69

Le matin, devant le portail de la mine, la toile de tente est pendante: impossible de planter les sardines dans l'asphalte de l'entrée!!! Dans un demi sommeil, je suis réveillé par une voiture qui arrive au portail. C'est José qui revient ouvrir! Moi qui croyais que dimanche était sacré, eh ben visiblement non, pas pour les gardiens de mine!
Il est 7h du matin et le soleil est à peine levé. Je décide de me reposer encore un peu.
A 8h, une autre voiture arrive et José vient lui ouvrir. Un couple entre puis ressort une demi-heure plus tard, raccompagné par José. On papote 10 minutes puis il retourne à la mine. J'en profite pour faire ma toilette. Et ce n'était pas du luxe.
Je remballe toutes mes affaires et repars vers le sud.

La nuit n'était pas mauvaise mais le réveil n'est pas facile.  Il me faut reprendre la route.

Il y a pas mal de vent et je franchis le Guadalquivir pour faire une petite pause à Brenes.

Les rues des villes sont décorées d'affiches électorales.  Bientôt les élections législatives et les politiques font dans la surenchère: Haremos mas - Nous ferons mieux!  Ici, tout est calme

Je poursuis par des petites routes de la province de Séville. Un vent de front et un état déplorable du revêtement rendent cette portion d'étape difficile et éprouvante.

Une fois la plaine du Guadalquivir traversée, la route prend plus de relief et sautille de sommet de colline en sommet de colline En arrivant à Utrera, je fais une halte pour goûter les altramuces, sorte de fèves marinées dans un jus salé. Je trouve une boulangerie ouverte le dimanche et fais quelques courses. En continuant pour rejoindre la nationale, je croise un flot incessant de voitures qui remontent probablement de la côte vers Séville. Et le vent est là, toujours là, de front. Ca casse les jambes et le moral.
Je m'arrête un peu plus loin pour boire un coca dans une station service, boisson dont j'abuse peu en temps normal mais qui requinque énormément quand l'effort est important: des sucres rapides pour refaire les gambettes. J'échange quelques mots avec le pompiste (l'immense majorité des stations dans le sud du moins ne sont pas en self service) mais je butte sur chaque mot qu'il prononce tant son accent andalou qui avale les consonnes est prononcé. Voyant mes difficultés à le comprendre, il finit par me demander si j'ai appris l'espagnol au cours du voyage!!

Pour la première fois, Simone rencontre le taureau, silhouette fière et imposante du bovidé plantée dans les champs.  Il s'agissait au départ d'une publicité pour une marque d'alcool local qui a été conservée sous la pression de la population qui souhaitait marquer l'identité de la région Je reprends le chemin et poursuis sur la nationale jusqu'à l'intersection pour la route qui m'emmènera à Arcos de la Fontera. J'y aperçois le célèbre taureau de l'affiche de Jamon-Jamon de Bigas Luna et fais une autre pause dans une station service. Un camionneur portugais me posera mille et une questions sur le vélo et finalement, je me rends compte que je comprends mieux le portugais que l'andalou!

Je poursuis quelques km dans la campagne andalouse vallonnée et dont les couleurs généreuses sont encore rendues plus belles par la lumière du couchant. J'en prends plein les mirettes!

Les lumières chaudes du crépuscule joue avec les collines du sud de la province d'Andalousie Un chemin de terre à gauche, la nuit qui tombe, il ne m'en faut pas plus pour m'y engager et planter la tente. 130 km dans les jambes, je pars me coucher!

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Lundi 14 mai 2007 - Jour 18 - Espera-Medina-Sidonia

Village haut perché explose les cuisses à l'arrivée!

Départ : Petit chemin de terre, 3km avant Espera (10:20)
Arrivée : 5 km après Medina Sidonia à côté du pont blanc (22:00)
Km : 71.01
Cumul des km : 1595.81
Temps de parcours : 11h40
Temps cumulé : 165h20
Dépenses : 20€50 (coca, bobons, courses)
Cumul des dépenses : 249€19

Je me réveille et replie tout le barda sous un soleil qui tape déjà fort. C'était décidément la bonne saison pour partir: plus tôt je n'aurais pas pu franchir les Pyrénées et plus tard, j'aurais trop souffert de la chaleur en Andalousie.

Sur la route, je passe par Espera, un des nombreux villages typiques du sud de cette province, planté sur une colline, dans un paysage bosselé et couvert de champs. Les maisons sont blanches et éblouissent sous le soleil du sud de l'Espagne.
La vieille ville d'Arcos-de-la-Frontera s'accroche en équilibre en haut de falaises vertigineuses J'en profite pour remplir mes gourdes à une fontaine et poursuis jusqu'à Arcos sur une route dont le revêtement est à nouveau en très mauvais état. Après Arcos, la route traverse une forêt d'eucalyptus et débouche aux pieds de Medina-Sidonia où j'ai donné rendez-vous à Julie devant l'église principale de la ville.
Julie prend l'avion de Paris à Malaga puis rejoindra Médina en voiture de location.

Manque de chance, l'église du rendez-vous se trouve sur le point le plus haut de la ville, bien entendu elle-même sur la colline la plus haute de la région. La montée est vertigineuse et je la gravis coup de pédale après coup de pédales sous un soleil de plomb. J'ai bien cru ne pas en voir le bout, les muscles tétanisés par l'effort intense, à forcer sur le premier de tous mes rapports... C'est très certainement une des buttes les plus difficiles du voyage.

L'Iglesia Mayor de Medina-Sidonia trône fièrement au sommet de la grosse colline sur laquelle la ville est construite J'arrive en ville et gravis les derniers mètres des rues pavées qui montent à l'Iglesia Mayor de Medina. De là, j'aperçois la mer pour la première fois depuis Toulouse! Après 18 jours de vélo, c'est la petite récompense du jour.

Je cale le vélo contre un mur, tout en sueur et m'offre une petite collation bien méritée. J'attendrai Julie pendant trois heures ce qui me permettra de faire quelques photos, voir une équipe de tournage prendre quelques plans et deux ou trois interviews.
Comme dans toutes villes du sud de l'Espagne, les murs blancs des ruelles de Medina-Sidonia offrent une ombre paradoxalement très lumineuse. Elle finit par débouler sur la place à 19h. Je suis tout ému de la revoir et de la serrer à nouveau dans mes bras...

On descend un peu plus bas dans une épicerie, faire quelques courses dans une échoppe extrêmement animée, minuscule et où toutes les mamas de la ville se sont donné rendez-vous pour s'échanger les petits potins du coin.
On finit par s'installer sur la plaza de l'España pour pique-niquer. De nombreux enfants jouent au foot sur l'esplanade, font du vélo et un petit roumain d'une quatorzaine d'années nous tient le crachoir pendant tout notre repas. Il est drôle, frimeur derrière ses lunettes de soleil qui lui couvrent la moitié du visage, à parler le torse gonflé de sa fierté sous un marcel bleu aux couleurs de la squadar Azura si je me souviens bien!
A la fin du repas, j'ai pris Julie dans mes bras et tout le groupe d'enfant à peine adolescent de l'autre côté de la place nous ont lancé des acclamations de joie et des applaudissements nourris appuyées de ¡Que romantico! C'était surprenant et vraiment touchant!

On se donne rendez-vous avec Julie à la sortie de la ville, sur la route en direction de Vejer de la Frontera et je remplis les gourdes à la fontaine. Comme à l'accoutumée, Simone attire tous les enfants de la place et je me retrouve vite entouré d'une dizaine de marmots qui me posent dix mille questions sur Simone.

La descente de Médina, à l'instar de la montée, est vertigineuse et il me faut redoubler de vigilance et de prudence pour retrouver Julie sain et sauf, un peu plus loin sur la route.
On terminera la journée en plantant la tente près d'un vieux pont, dans un champ de chardons qu'il faudra dégrossir au couteau suisse... Au dodo!

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Mardi 15 mai 2007 - Jour 19 - Medina Sidonia-Tarifa

Eoliennes à l'horizon, pour le cyclo ne présage rien de bon!

Départ : 5 km après Medina Sidonia à côté du pont blanc (11:20)
Arrivée : Pension Correos à Tarifa (16:45)
Km : 75.04
Cumul des km : 1670.85
Temps de parcours : 5h25
Temps cumulé : 170h45
Dépenses : 84€20 (cartes postales, coca, pain, et dont 40 euro d'hôtel et 35 euros de restau)
Cumul des dépenses : 333€39

Au réveil, après un petit déj’ cyclo-classique, je remballe tout le barda, laisse quelques affaires dans la voiture de Julie et change les patins de frein qui sont usés jusqu'à la structure métallique. Je suis fin prêt et je prends la route pendant que Julie ira visiter Arcos.

Sur la route, le vent n'est pas favorable mais reste de flanc jusqu'à Vejer. Un vent à décorner les taureaux même si les taureaux locaux ont les cornes sacrément bien vissées sur le casque...!
Ensuite, c'est vent de nez que je progresse sur la nationale en direction de Tarifa. Je croise un Cyclo tchèque qui roule en direction opposée. J'ai à peine le temps de lui faire un salut de la main qu'il disparaît dans le rétro, poussé par un Eole survitaminé...

Inutile de faire un dessin: l'étape est éprouvante physiquement et moralement: j'atteins péniblement les 12km/h sur le plat et réussis à franchir la barre des 18km/h en descente!!!
La fin du parcours est ardu: il faut composer avec flot quasi incessant de voitures et un vent à décoiffer le chinion de la plus professionelle des danseuses de Flamenco Des fortes rafales et les turbulences que laissent les camions dans leur sillage sont telles, que ça en devient dangereux et je dois redoubler de vigilance pour ne pas me retrouver happé sous leurs roues ou soufflé dans la rambarde de sécurité. Je me suis résigné à poser le pied à la vue d'un poids-lourd dans le rétroviseur, à le laisser passer en prennant le gros coup de vent qui va avec et à reprendre ma route. Et des poids-lourds, il y en a, c'en est désespérant.
Une étape cassante, étayée de nombreux arrêts sécurité... Mais je n'ai pas le choix, il me faut avancer, d'autant plus que moins je passerai de temps sur la route, plus j’en passerai en compagnie de Julie...
Eoliennes sur l'horizon, pour le cyclo ne présage rien de bon! Pour ce qui est du vent, en tous cas, les espagnols ne s'y sont pas trompés: ils ont planté des éoliennes partout!

La descente vers Tarifa, quoique ventée de face laisse un peu de répit à mes cuisses et l'on atteint la côte rapidement (tout est relatif).

Sur une dizaine de km, ce n'est que succession de campings, école de planche à voile et Kite surf, au décor quelque peu surfait. Ici, il faut être aveugle ou en voiture pour ne pas savoir que c'est le temple du vent. En tous cas, pas très authentique, tout ça!

Ca y est, j'ai atteint le point le plus au sud de l'Europe...  Et cette photo devant la citadelle de Tarifa et son panneau 'vous êtes au point le plus au sud de l'Europe' l'atteste Je continue vers Tarifa et trouve la route vers le port et la citadelle, point le plus au sud du continent européen. Un gros portail en barre l'entrée: le lieu est tenu par les militaires et je ne pourrais aller plus au sud...

Julie m'attendait sur les rochers brises-lame et on remonte vers la vieille ville pour casser la croûte sur la place du mirrador del mar. Le vent ne faiblit pas et fait plier les jets d'eau des fontaines.

Dans les rafales du vent de Tarifa, on immortalise l'instant, Julie et moi La lumière, elle, est intense et éclabousse les murs blancs de la vieille ville. Ce soir, après 19 jours de camping et de toilette plutôt rustique, ce sera une nuit à l'hôtel, un bon lit et ma première véritable douche! Autant dire que je l'apprécie!

Ce soir là, c'est diner à deux à los Meillos, un bar à tapas où l'on s'est fait servir un repas de roi aux tortillas, aux patates frites au poivron, aux beignets de calamar, le tout arrosé de bonnes cañas. Le patron ne s'est pas trompé sur notre appétit et nous a offert un rab de salade de pomme de terre et le petit digestif au moscatel qui va avec... Très bonne adresse, p't être qu'on reviendra!

Dans les ruelles de la ville, de nuit, sur le chemin du retour vers l'hôtel, la ville semble nous appartenir: quelques passants et tout au plus un ou deux chats.Certains murs de maison sont décorés de plaques en émail

Le soir, nous déambulons tous les deux, bras dessus, un peu saoul, dans les ruelles de la vieille ville de Tarifa, fatigués mais heureux...

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Mercredi 16 mai 2007 - Jour 20 - Tarifa-Gibraltar

Autoroute à vélo, c'est carrément chaud!!!

Départ : Pension Correos à Tarifa (13:00)
Arrivée : Pointe de l'Europe à Gibratar (22:00)
Km : 61.16
Cumul des km : 1732.01
Temps de parcours : 9h00
Temps cumulé : 179h45
Dépenses : 18€00 (coca, repas à Gibraltar)
Cumul des dépenses : 351€39

Ce matin, pas de tente à plier! Tout était pourtant devenu presque mécanique à force d'habitude: d'abord le petit déj', puis les affaires sont rangées dans les sacs, ensuite la tente est pliée et dès que les sacs sont prêt à être harnachés sur le vélo, c'est l'opération tartine de crème solaire. Et enfin c'est le départ.
Mais aujourd'hui, rien de tout ça et je prends conscience que c'est aujourd'hui que le voyage se termine. J'ai laissé dans le coffre de la voiture de location ce qui ne m'était pas indispensable et j'ai donnée rendez-vous à Julie à Gibraltar.

Je trouve rapidement la route pour sortir de la ville mais il me faudra presque deux heures pour rallier le col Alto El Cabrito: 10km de montées avec un vent violent de face, très turbulent sur une nationale bondée de trafic. Autant dire l'enfer pour le cycliste.

Je redescends vers Algeciras et dois malgré tout redoubler de vigilance: toujours ce satané vent qui me malmène. Quelques kilomètres plus loin, je ne peux m'empêcher de décrocher un sourire, malgré l'effort, en apercevant pour la première fois la destination de ce voyage: le rocher de Gibraltar.
En redescendant du Mirrador del Estrecho, point de vue sur le détroit et le Maroc, j'apperçois pour la première fois le rocher de Gibraltar Imposant, puissant, il sort de la mer et bouche l'horizon...

Ca y est, j'y suis??? Ah ben non, il me faudra encore chercher une alternative pour éviter l'autoroute, me renseigner auprès de la police locale pour savoir s'il existe une alternative au ruban de goudron qui enserre la baie de ses deux fois deux voies... Et eux de me répondre de manière désinvolte: "ben non, tu prends l'autoroute, aucun problème!!!". Accroche-toi Simone, ça va balancer!

Et me voilà parti pour 15 à 16 km d'autovia, extrêmement dangereuse, usant pour les nerfs parce que ça requiert une attention de tous les instants et une extrême concentration.

Je touche au but et fais une pause après le tronçon d'autoroute devant les panneaux de direction à l'entrée de la Linea-de-la-Conception, dernière ville espagnole avant la frontière J'arrive finalement entier à la Linea-de-la-Concepcion, ville qui marque la frontière très controversée entre l'Espagne et ce morceau de rocher sous protectorat de la couronne d'Angleterre. Gib, bout de pierre que les espagnols convoitent et que les anglais veulent à tout prix garder... Normal: c'est un point stratégique au carrefour entre deux mers, entre deux continents... Et ça se voit. Même si l'on roule bien à droite, à Gibraltar, on change de pays: les panneaux sont anglais, les bobbies le sont aussi et l'on voit déambuler dans les rues de la ville aussi bien des blonds à la peau blanche que des juifs en costume noir portant la kippa ou des musulmans en Jellabah, les femmes en Tchador...

Le front de mer courbe de la ville de La-Linea guide l'oeil vers le rocher imposant de Gib' Gibraltar, bout de terre singulier, où il faut traverser la piste de l'Aéroport par l'avenue Winston Churchill pour rejoindre la ville... Citée côtière aux ruelles étroites, étouffant entre un roc par trop massif et une mer chassée plus loin par des polders construits récemment mais qui déjà croulent sous la densité de la population. Ici, le flegme et la quiétude britannique n'ont pas d'emprise sur cette terre avant tout Andalouse: la mentalité y est méditerranéenne, c'est évident.

Je retrouve Julie devant la cathédrale Saint-Mary-the-crowned et l'entraîne à la terrasse d'un pub à proximité pour une pinte de Murphy's et un rock-burger fait maison et vraiment exquis... Non, pour le coup, Mac Do, tu nous prends pour des cons!

Et c'est au milieu de ces considérations politico-gustatives que je prends conscience que ça y est, j'y suis...
J'y suis après 1725km, après 20 jours de voyage encore tout frais dont les images remontent dans ma tête comme chacune des pages de l'album photo d'une jolie partie de ma vie, une tranche de vie menée de bout en bout à la force des cuisses.. J'y suis et la sueur et l'effort en étaient le prix, mais je me souviendrai encore longtemps de ces instants qui font le voyage, ces moments vécus sur la route, moments de joie mais moments de doute aussi, instants de paix et de bonheur intense...
Et je suis là, à deux pas de l'Afrique, tout penaud, tout au bout de ce morceau de terre que les hommes ont décidé de nommer Europe...

Tout au sud de la péninsule, à la pointe de l'Europe, une mosquée fait le lien avec le Maroc Je remonte sur le vélo une dernière fois pour rallier la pointe de l'Europe, point le plus au sud de la presqu'île, pour, à la lumière chaude d'un soleil couchant qui laissera presque maternellement place au scintillement des étoiles, prendre soin de Simone qui ne m’aura pas quitté d’un rayon lors de ce voyage. Pour elle, la mosquée de la pointa del Europa est le terme du périple...

4 heures de démontage et je me rends compte qu'il est déjà 1h30 du mat.
Fatigué, épuisé, je décide d'en reste là pour aujourd'hui et monte le réchaud pour déguster un petit cassoulet en companie de Julie, sur les bord d'une mer, mais je ne sais plus laquelle, et sur un petit bout de terre, jeté sur je ne sais plus vraiment quel continent...

Le voyage touche à sa fin et je ressens déjà comme un vide, sentiment complexe entre le bonheur de l'achèvement d'un rêve et la fin d'une aventure, vide qui laissera place rapidement à la joie de ces jours passés en terre ibérique, la joie de se retrouver ici, au croisement des terres et des mers, au carrefour des cultures... Bonheur de me sentir ici, un peu plus qu'ailleurs, véritable citoyen du monde.

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Epilogue - Grenade

Allez Simone, fais pas d'histoire, rentre dans le carton, j'te dis!

Il nous a donc fallu à deux 4 heures à la lueur d'une lampe frontale, en pleine nuit et en plein vent, pour démonter et laver un minimum Simone - histoire de préserver l'intérieur de la voiture de location qui allait nous ramener à Grenade.
4 heures à démonter, désosser méticuleusement, à scotcher ce qui est scotchable, attacher ce qui est attachable...
Je suis à fond dans la tâche et Julie me traîte de tous les noms (et je la comprends!) mais on ne dormira pas là ce soir!
La quiétude du lieu, baîgné de la fraîcheur du vent et de la nuit méditerranéenne de fin de printemps, est perturbée de temps à autre par un ballet de voitures puissantes qui déboulent sur le parking, visiblement haut lieu de ralliement des kékés locaux avant d'aller faire un petit tour en boîte.

Nous sommes finalement rentrés dans la nuit sur Grenade où nous avons passé les derniers jours de vacances à régler les préparatifs du retour et terminer d'emballer Simone sous les arcades des ruelles de Grenade.

Simone, le fier vélo couché parti à l'assaut de Gibraltar, a perdu de sa splendeur et est devenue méconnaissable: les roues d'un côté, le cadre de l'autre, le siège à un autre endroit...Je suis arrivé avec Julie sur Grenade et Simone en pièces dans le coffre de la voiture. Il reste à terminer de tout emballer

Il nous reste une journée pour visiter la ville mais un imprévu nous a empêché de contempler les palais de l'Alhambra: Julie n'avait plus son portefeuille en poche le matin de la visite. Perte? Vol? Nous avons finalement passé une bonne partie de la journée à faire toutes les démarches d'opposition et de déclaration, et le commissaire qui a pris la déposition de Julie m'a beaucoup touché à tenter de la consoler, elle qui pleurait toutes les larmes de son corps. Il lui disait dans le français qu'il avait appris en fin d'adolescence pendant les quelques mois de vacances qu'il a passé dans le Lot-et-Garonne Mé, il né fo pa plouré, madémoizelle, bou zavé dé si bo zieu!... Alor comen yé vé faré por né pa ploré, moi?.

J'ai finalement laissé Julie rentrer sur Malaga pour prendre son avion, et de mon côté je mets la touche finale au colis du retour.
Une fois le dernier morceau de scotch collé, je jette un coup d'oeil dans le mirroir...

Le départ approche...  Simone est emballée dans un carton et je vais rendre les clésOn reconnaît un cubiliste entre tous: c'est le seul à avoir un bronzage zébré dans le cou!

Le bronzage zébré sous le menton... La grande chlasse!!!

Je passe toute l'après midi, assis sur mes bagages dans la rue qui monte vers l'Alhambra, à compléter mon carnet de voyage devant le flot incessant des touristes pressés qui me regardent du coin de l'oeil, un peu suspicieux.
Un type en scooter qui passait dans la rue, une fille accrochée à sa taille, s'est arrêté à ma hauteur, a regardé mes paquets et m'a demandé si je voyageais à vélo... A la vue du carton, il fallait avoir vécu celà pour imaginer que c'est un vélo. Et c'était le cas puisqu'il est parti à vélo droit de Grenade au Caire en passant par le Nord de l'Afrique. Il me proposera si je repasse de le contacter. Ca fera un point de chute en ville!

Le soir, je descend à la gare et prends le train de nuit pour Toulouse...
24 heures de rail, de balottement, de transballement de bagage, Grenade, Barcelone, Cerbère, Narbonne, Carcassonne, j'arrive enfin à Toulouse. C'est Franck qui vient me chercher à la gare et me dépose à la maison...

C'est drôle parce que je réalise que je suis parti ce matin là, il y a presque un mois, à vélo comme tous les jours, un peu plus chargé c'est vrai, et j'ai pris la même route que je prends d'habitude pour me rendre au travail. J'ai juste tourné à gauche un peu avant, et je suis allé juste un peu plus loin...

Et aujourd'hui la boucle est bouclée...

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...Toutes les données ou presque du voyage sont présentées dans le topo (par ici!)

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